{"id":1522,"date":"2019-11-12T19:40:57","date_gmt":"2019-11-12T18:40:57","guid":{"rendered":"http:\/\/quentinguillon.com\/?p=1522"},"modified":"2023-06-28T10:54:18","modified_gmt":"2023-06-28T08:54:18","slug":"souviens-toi-pourquoi-tu-cours-article-lepapeinfo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2019\/11\/12\/souviens-toi-pourquoi-tu-cours-article-lepapeinfo\/","title":{"rendered":"Souviens-toi, pourquoi tu cours\u00a0? (Article Lepapeinfo)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Actuellement en pleine pr\u00e9paration pour le marathon de Valence (1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre), je me suis noy\u00e9 samedi 26 octobre lors du semi-marathon de Bordeaux. La cause\u00a0? Un trop plein d\u2019implication qui, \u00e0 l\u2019instar du funambule, m\u2019a entra\u00een\u00e9 dans la chute libre des (mauvaises) raisons pour lesquelles je cours.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lepape-info.com\/entrainement\/entrainement-running\/quand-objectif-et-ambition-deviennent-votre-ennemi\/\"><span style=\"color: #ebb667;\">Article publi\u00e9 sur le site LEPAPEINFO.\u00a0<\/span><\/a><\/p>\n<p>Tu franchis la ligne du bouillonnant semi-marathon de Bordeaux, samedi 26 octobre, en 1h12\u2019 et quelques. Ce n\u2019est m\u00eame pas ton allure marathon. Une sensation de vide int\u00e9rieure, de profonde affliction, te saisit au corps. Tes poils se h\u00e9rissent et ce n\u2019est pas, ce coup-ci, en raison de la formidable clameur du public qui t\u2019a accompagn\u00e9, toi et tes 10\u00a0000 acolytes, quelques instants plus t\u00f4t, sur le Pont de Pierre.<\/p>\n<p>Presque simultan\u00e9ment, ton \u0153il pivote sur la gauche et tu aper\u00e7ois ce podium auquel tu aspirais. Tes entrailles remuent. Tu viens de te noyer, comme cela t\u2019es souvent arriv\u00e9 par le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Tu as allum\u00e9 l\u2019allumette, l\u2019\u00e9tincelle a pris mais tu as tout fait sauter. Incorrigible. <\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 un mois et demi, d\u00e9but septembre, tu finissais <a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2019\/09\/13\/marathon-du-medoc-ca-ressemble-a-ca\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #ebb667;\">deuxi\u00e8me du marathon du M\u00e9doc<\/span><\/a>. A peine 100 bornes par semaine. Tu t\u2019\u00e9tais dit\u00a0: une d\u00e9cennie apr\u00e8s mes ann\u00e9es juniors-espoirs, je mise, derechef, (presque) tout sur la course \u00e0 pied. Tu veux explorer tes limites. Le marathon de Valence sera le premier chapitre du \u00e9ni\u00e8me tome de tes ambitions athl\u00e9tiques. Une dizaine d\u2019entra\u00eenement par semaine -120-130 km \u00e0 pied, plus le v\u00e9lo et la natation-, presque toujours en d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e0 jongler avec ton activit\u00e9 professionnelle. Il te faut, aussi, surtout, bien r\u00e9cup\u00e9rer, sinon tu prendras le mur avant m\u00eame le 35<sup>e<\/sup>. Il te faut, aussi, surtout, bien manger, pour la m\u00eame raison.<\/p>\n<p>Tu reprends donc l\u2019entra\u00eenement fin septembre, apr\u00e8s une dizaine de jours de coupure suite au M\u00e9doc. Tu as le feu int\u00e9rieur. <a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2018\/12\/04\/marathon-valence-deuxieme-acte\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #ebb667;\">Tu les veux, ces 2h20 <\/span><\/a>(allez 2h19\u201959\u2019\u2019\u00a0: une seconde, \u00e7a ne change rien\u00a0; une seconde, \u00e7a change tout). Tu te les enfonces dans le cr\u00e2ne, \u00e0 l\u2019instar des sacs que tu cherches \u00e0 empiler co\u00fbte que co\u00fbte dans ton coffre qui en d\u00e9gueule quand tu pars en vacances.<\/p>\n<p>Une tendinite, anodine, te coupes dans ton \u00e9lan. Tu br\u00fbles de courir. Tu ronges ton frein. Dix jours sans lacer les runnings, ta seconde peau. Puis tu as le feu vert pour reprendre. Tu reprends. Comme le barrage qui vient de c\u00e9der, ton envie te submerge. Tu devais faire 1h15 en endurance. Tu croises tes potes pendant ce footing et, sur un coup de t\u00eate, tu les accompagnes, d\u2019abord de loin, puis de plus en plus pr\u00e8s, sur des fractionn\u00e9s de 1 minute vite \u2013 45 secondes lent. Tu n\u2019apprends pas de tes erreurs.<\/p>\n<p><strong>Coureur pyromane<\/strong><\/p>\n<p>Ton pied vient de riper sur le fil qui traverse les rives de la performance. Deux jours plus tard, ta tendinite irradie de nouveau. Tu te dis que tu as tout ruin\u00e9. Tu ne pouvais pas patienter deux ou trois jours en compensant avec du v\u00e9lo\u00a0?\u00a0 Valence\u00a0: c\u2019est dans huit semaines. Tu as allum\u00e9 l\u2019allumette, l\u2019\u00e9tincelle a pris mais tu as tout fait sauter. Incorrigible. Tu es ce coureur pyromane qui cherche, d\u00e9sormais, un hypoth\u00e9tique canadair pour refr\u00e9ner ses ardeurs\u00a0; mais le vent est violent et les flammes que tu as attis\u00e9es flamboient.<\/p>\n<p>Alors tu te consumes, lentement, de l\u2019int\u00e9rieur. Plus grand-chose ne compte autour de toi, \u00e0 part cette foutue place dans l\u2019avion pour Valence qui risque bien d\u2019\u00eatre libre \u2013bah oui, tu vibrionnais tellement que tu l\u2019as pay\u00e9e depuis des mois, cet avion.<\/p>\n<p>Tu n\u2019as que des os \u00e0 ronger\u00a0: muscu, natation, aquajoging, simple ersatz pour assouvir ta soif et d\u2019entra\u00eenement et de d\u00e9passement \u2013tu n\u2019es m\u00eame pas en France et tu n\u2019as pas ton v\u00e9lo pour t\u2019amuser (et t\u2019en mettre plein la t\u00eate, comme on dit dans le jargon).<\/p>\n<p>D\u00e9but octobre, seul au milieu d\u2019une piscine sans \u00e2me au c\u0153ur de l\u2019Angleterre, tu cours pendant une heure dans l\u2019eau. Tu croyais que nager, c\u2019\u00e9tait glisser comme un poisson\u00a0; au lieu de \u00e7a, tu batailles comme une poule qui manque de se noyer \u00e0 chaque battement (en plus, ils t\u2019ont refus\u00e9 le gilet de survie pour flotter, \u00e0 la piscine).<\/p>\n<p>Tu te demandes ce que tu fais l\u00e0, d\u00e8s les premi\u00e8res secondes. Tu continueras, pourtant. Le temps ressenti, la dur\u00e9e pour paraphraser Bergson, te para\u00eetra bien long. Tu t\u2019imagines, alors, courir une heure dans la for\u00eat o\u00f9 le temps ressenti n\u2019a plus de prise sur tes foul\u00e9es, comme pour acc\u00e9l\u00e9rer le temps objectif \u2013l\u2019horloge sur laquelle les secondes se d\u00e9vident.<\/p>\n<p><strong>Ton esprit, c\u2019est ton pied<\/strong><\/p>\n<p>Le plaisir\u00a0est donc inexistant. Dans ta t\u00eate\u00a0? Je travaille pour Valence. Je travaille pour Valence. Je travaille pour Valence. Les pens\u00e9es s\u2019amoncellent tels de lourds nuages noirs et se perdent dans les circonvolutions de ton programme d\u2019entra\u00eenement\u00a0: comment l\u2019adapter pour ne pas perdre la moindre seconde. \u00ab\u00a0Ne pas perdre\u00a0\u00bb\u00a0: tu te dis que ton langage, auto centr\u00e9 sur la seule performance, \u00e9pouse la courbe de ton impatience \u00e0 tous crins.<\/p>\n<p>Ton esprit est ton pied. Litt\u00e9ralement. La nuit, un \u0153il qui cligne, impromptu, et scrute l\u2019\u00e9tat du bless\u00e9\u00a0; une main qui t\u00e2te comme le m\u00e9decin qui ausculte le pouls\u00a0; tiens, c\u2019est moins douloureux, l\u00e0. Peut-\u00eatre\u00a0; peut-\u00eatre\u00a0? Et puis, non, les premi\u00e8res foul\u00e9es esquiss\u00e9es disent la douleur. L\u2019esprit ne sent pas les fines gouttes de pluie qui fouettent ton visage, le long de la rivi\u00e8re. L\u2019esprit ne voit pas les arbres se mouvoir sous l\u2019effet de la brise l\u00e9g\u00e8re. L\u2019esprit n\u2019\u00e9coute pas les oiseaux qui chantonnent. L\u2019esprit fait \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb avec le pied. L\u2019esprit est le pied. Le pied est l\u2019esprit. Tu ne sais plus. Tu souris int\u00e9rieurement quand le fil de la g\u00eane s\u2019estompe. Tu grimaces quand l\u2019impact au sol charrie son onde de vibration. Oscillations perp\u00e9tuelles. D\u00e9solantes oscillations.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1525\" aria-describedby=\"caption-attachment-1525\" style=\"width: 1000px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1525 size-full\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/course-a-pied-les-10-km-des-quais-de-bordeaux-bordeaux-le-11-novembre-2019-photo-laurent-theillet-sud-ouest.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"667\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/course-a-pied-les-10-km-des-quais-de-bordeaux-bordeaux-le-11-novembre-2019-photo-laurent-theillet-sud-ouest.jpg 1000w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/course-a-pied-les-10-km-des-quais-de-bordeaux-bordeaux-le-11-novembre-2019-photo-laurent-theillet-sud-ouest-300x200.jpg 300w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/course-a-pied-les-10-km-des-quais-de-bordeaux-bordeaux-le-11-novembre-2019-photo-laurent-theillet-sud-ouest-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1525\" class=\"wp-caption-text\"><a href=\"https:\/\/www.sudouest.fr\/2019\/11\/11\/en-images-a-bordeaux-le-10-km-des-quais-attire-plus-de-3500-coureurs-6810588-2780.php\"><span style=\"color: #ebb667;\">Photo Laurent Theillet Sud Ouest<\/span><\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p>Tu te mets minable sur un week-end \u00e0 v\u00e9lo. 300 bornes en deux jours et demie, dont 175 en une seule journ\u00e9e. Hypo, la totale. Tu roules, tu fends l\u2019air, tu brises les cha\u00eenes qui t\u2019enserrent, tu t\u2019exploses, tu t\u2019amuses. Tu (re)vis, quoi.<\/p>\n<p>Une nouvelle fois, tu n\u2019\u00e9coutes pas ton corps te dire que tu vas dans le mur. Le lendemain, ton tendon rotulien te rappelle que tu en as trop fait \u2013c\u2019est ton propre diagnostic, en fait\u00a0; tu crois que c\u2019est \u00e7a, tu es tellement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 que tu n\u2019as pas m\u00eame envie d\u2019aller voir le m\u00e9decin, car il n\u2019y aura, de toute fa\u00e7on, pas de marathon, tu en es convaincu, maintenant.<\/p>\n<p><strong>Putain, je vis\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Tu ne peux m\u00eame plus aller bosser en v\u00e9lo \u2013la douleur te transperce comme ce marteau piqueur qui fracture le macadam. \u00c7a te coutera 40 euros de parking et de PV, ces conneries. Ta douleur au genou s\u2019efface aussi subitement qu\u2019elle \u00e9tait apparue, deux, trois jours apr\u00e8s. Ton corps te parlerait-il\u00a0?<\/p>\n<p>Tu reprends tranquille, vers le 10 octobre, avec un coll\u00e8gue qui d\u00e9bute la course \u00e0 pied. 11, 12 \u00e0 l\u2019heure, tu ne vois pas le temps passer et tu te fais plaisir. Tu as l\u2019impression que les secondes d\u00e9filent plus vite, tout d\u2019un coup.<\/p>\n<p>Le pied est gu\u00e9ri, tu es reparti de plus belle. Un test le week-end (1h30 \u00e0 16 \u00e0 l\u2019heure), \u00e7a tient. Reste 7 semaines, allez coach, on se l\u00e2che. Mentalement, nerveusement, tu t\u2019engages sur chaque s\u00e9ance. Tu as l\u2019impression d\u2019y jouer ta vie. Fractionn\u00e9\u00a0: 3 minutes \u2013 4 min 30 \u2013 6 min \u2013 4 min 30 \u2013 3 min, entrecoup\u00e9s de courtes pauses. Tu t\u2019envoies d\u00e8s le premier trois minutes. Rattraper le temps perdu. Au fond de toi, tu sais bien que tu ne le rattraperas pas, mais tu aimes l\u2019id\u00e9e de te mouvoir dans cette croyance. Tu fais ta r\u00e9cup \u00e0 8 \u00e0 l\u2019heure. Vid\u00e9. Putain, je vis\u00a0!<\/p>\n<p>Bis repetita, deux jours apr\u00e8s, sur du plus court (6 x 30 secondes vite \u2013 30 sec lent\u00a0; 6 x 1 min vite -30 sec lent\u00a0; 6 x 30 sec vite \u2013 30 sec lent). Tu dois juste mettre un peu de rythme et tourner les jambes. Mais tu es en retard. Ou tu le crois, car tu feins de soup\u00e7onner les pouvoirs r\u00e9dempteurs du corps humain, quand il est mis au repos. Tu t\u2019exploses le cardio d\u00e8s le premier. Vaille que vaille. Tu fais ta r\u00e9cup \u00e0 8 \u00e0 l\u2019heure. Vid\u00e9. Putain, je vis\u00a0!<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s, de retour en France, tu t\u2019accroches aux potes sur une plus longue s\u00e9ance. \u00c7a va vite, tu retrouves de belles sensations (10 min vite\u00a0 \u2013 8 min vite\u00a0 \u2013 20 min vite\u00a0; courtes pauses entre). Mais tu es s\u00fbrement en surr\u00e9gime avec l\u2019accumulation. Tu fais ta r\u00e9cup, le soir, au coucher du soleil, plant\u00e9 \u00e0 20 \u00e0 l\u2019heure (en v\u00e9lo, hein). Mais pour une fois, tu t\u2019en fous de l\u2019allure. Tu es dans l\u2019instant. Tu oublies la montre, l\u2019allure, le temps. Vid\u00e9. Putain, je vis\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Les pr\u00e9misses de la d\u00e9bandade<\/strong><\/p>\n<p>Le mardi tu remets \u00e7a, sur des 1 min rapides \u2013 30 sec r\u00e9cup. Et puis le mercredi, tu te r\u00e9veilles. Sonn\u00e9. A cran. Au programme\u00a0: 3 min \u2013 9 min\u00a0 \u2013 6 min\u00a0 \u2013 3 min \u2013 1 min. Tu sens le souffle de la fatigue sur ta nuque. L\u2019encha\u00eenement des s\u00e9ances, les reportages \u00e0 \u00e9crire, ceux \u00e0 proposer, les futilit\u00e9s administratives\u2026 Tu aimerais te propulser trois heures plus tard. Et l\u2019instant pr\u00e9sent\u00a0? Respire et sois dans l\u2019instant pr\u00e9sent\u00a0! Tu t\u2019accroches, \u00e7a court vite, mais la t\u00eate, elle, veut s\u2019enfuir de ton corps et se (re)poser sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la route. Au final, si tu t\u2019es fait sortir par ton pote, tu \u00e9tais dans le tempo. Mais tu n\u2019es pas satisfait de ton attitude et des pens\u00e9es qui t\u2019agitent. Tu sens les pr\u00e9misses de la d\u00e9bandade. Les voyants s\u2019allument.<\/p>\n<p>Le vendredi, la veille du semi-marathon, tu h\u00e9sites \u00e0 aller courir, apr\u00e8s une sieste de \u00ab\u00a0muerte\u00a0\u00bb. Ton corps te r\u00e9clame un jour de repos. Le plan, c\u2019est le plan, tu te dis. Tu as fait ce choix, presque cette promesse, de te livrer presque corps et \u00e2me pour le marathon, tu te dois d\u2019assumer, maintenant\u00a0! Tu vas chercher ton dossard pour le semi en courant, et, au retour, les guiboles si lourdes, tu penses tr\u00e8s fort \u00e0 rentrer en tram. Mais le plan, c\u2019est le plan, tu te r\u00e9p\u00e8tes en boucle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1527\" aria-describedby=\"caption-attachment-1527\" style=\"width: 1000px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1527\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/en-images-revivez-le-marathon-de-bordeaux-2019.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"667\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/en-images-revivez-le-marathon-de-bordeaux-2019.jpg 1000w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/en-images-revivez-le-marathon-de-bordeaux-2019-300x200.jpg 300w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/en-images-revivez-le-marathon-de-bordeaux-2019-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1527\" class=\"wp-caption-text\"><a href=\"https:\/\/www.sudouest.fr\/2019\/10\/26\/en-images-revivez-le-marathon-de-bordeaux-2019-6751302-2780.php\"><span style=\"color: #ebb667;\">Photo Fabien Cottereau Sud Ouest<\/span><\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p>Samedi soir, jour de course. Tu esp\u00e8res courir \u00e0 environ 3 min 15 sec au kilo (18,5 \u00e0 l\u2019heure) pour faire autour d\u20191h08\u2019. Encore une fois, tu penses \u00e0 la performance avant m\u00eame d\u2019embrasser la joie de courir. Tu pressens ce qui va arriver \u2013d\u2019ailleurs, tellement fatigu\u00e9, tu as bien fait de mettre le r\u00e9veil deux heures avant la course, que tu aurais pu voir dans tes r\u00eaves, autrement.<\/p>\n<p>Le corps et l\u2019esprit saoul\u00e9s de bornes \u00e0 haute intensit\u00e9 depuis 15 jours, tu ne peux t\u2019emp\u00eacher de suivre, toutes voiles dehors dans l\u2019euphorie ambiante, la t\u00eate de course avec qui tu frayes habituellement, alors que les tous clignotants virent, maintenant, \u00e0 l\u2019orange fonc\u00e9e, voire au rouge.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat\u00a0? Un d\u00e9part trop rapide, un point de c\u00f4t\u00e9 et l\u2019envie de vomir \u00e0 partir du 10e (tu as mang\u00e9 trop tard). Dans les derniers kilom\u00e8tres, avant de franchir la ligne en 10<sup>e<\/sup> position, l\u2019esprit se noie dans les ab\u00eemes de la m\u00e9taphysique et cherche, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, une illusoire bou\u00e9e de sauvetage. Pourquoi diable je continue de courir, alors que je ne prends aucun plaisir\u00a0? Tu pleures ce que tu n\u2019as pas. Et puis quand tu l\u2019as, tu pleures encore car tu l\u2019as br\u00fbl\u00e9. Le soir, tu t\u2019interroges.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi tu cours\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Souviens-toi quand tu \u00e9tais enfant. Fais revivre le gamin qui est dans tes entrailles. Souviens-toi quand tu gambadais, sans montre, par-del\u00e0 les chemins, les cheveux aux vents, la brise sur le visage, l\u2019odeur de la campagne, l\u2019air polaire qui s\u2019engouffre dans les narines, les joues glac\u00e9es, le bonheur de l\u2019eau chaude, ensuite, si r\u00e9confortant, sur ton corps et des muscles rougeoyant de froid.<\/p>\n<p>Souviens-toi, quand tu qu\u00eatais la moindre bribe de motivation tout en bas du puits dans lequel tu v\u00e9g\u00e9tais suite \u00e0 un \u00e9chec, et quand tu te mettais minable, seul, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, sans plan d\u2019entra\u00eenement \u00e0 respecter et sans l\u2019impression que la terre allait craqueler sous tes pieds endoloris si tu avais ne serait-ce qu\u2019un micro-dixi\u00e8me de retard sur l\u2019allure escompt\u00e9e.<\/p>\n<p>Pourquoi, parfois ext\u00e9nu\u00e9, tu encha\u00eenes les kilom\u00e8tres ? Pourquoi tu deviens tendu comme un arc \u00e0 la moindre contrari\u00e9t\u00e9, aux trente minutes de sommeil que tu vas manquer &#8211; c\u2019est une fl\u00e8che que tu te d\u00e9coches \u00e0 toi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Tu cours 2h, tu ne vois pas les couleurs de l\u2019automne qui habillent tes chemins, tu ne vois pas les rayons du soleil qui percent les arbres, tu ne vois pas ton ombre danser sur la route.<\/p>\n<p>Par contre, tu vois ta montre. Tu vois ton allure. Aveugle, tu ne vois que cela. Vais-je tenir\u00a0? Vais-je l\u00e2cher ? La montre. L\u2019allure. Le temps. Tu ne sens pas tes pieds \u00ab\u00a0flapper\u00a0\u00bb le macadam, comme dirait l\u2019\u00e9crivain Sylvain Coher.<\/p>\n<p>Tu oublies que tu es vivant. Seul compte la s\u00e9ance. La montre. L\u2019allure. Le temps.<\/p>\n<p><strong>Groggy<\/strong><\/p>\n<p>Le lendemain du semi-marathon, \u00e0 peine r\u00e9veill\u00e9, encore groggy par ton \u00e9chec de la veille, tu dois te coltiner 1h45, dont une heure \u00e0 17 \u00e0 l\u2019heure. Oui, ton esprit r\u00e9fl\u00e9chit comme \u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0te coltiner\u00a0\u00bb. T\u2019infliger, presque. Sur le papier, tu dois \u00eatre plut\u00f4t \u00e0 l\u2019aise. Mais tu ne le sens pas. Les guiboles g\u00e9missent. Le c\u0153ur et l\u2019esprit, fatigu\u00e9s, t\u2019intiment l\u2019ordre de ralentir.<\/p>\n<p>Pourquoi tu cours ? Tu manques de sommeil, tu dois r\u00e9cup\u00e9rer. Tu le sens. Tu le sais. Restez fort dans la t\u00eate. C\u2019est ton choix, de te pr\u00e9parer \u00e0 fond, non\u00a0? Assume. Tu es au c\u0153ur du sujet. Tu es au corps du sujet.<\/p>\n<p>Tu tentes. Tu dois \u00eatre \u00e0 3 min 30 sec au kilo (17 \u00e0 l\u2019heure), tu es \u00e0 3 min 35 sec \u2013 3 min 38 sec. Tu ne t\u2019\u00e9nerves pas. Tu te surprends. Tu sens le vertige qui parcourt les limbes de ta cervelle. La fatigue t\u2019estoque, tel un uppercut imaginaire qui t\u2019enverrais dans les cordes, un genou au sol, le souffle haletant. Tu sens que tu es en train de creuser le linceul dans lequel tes ambitions p\u00e9destres peuvent s\u2019enfouir, pour de bon.<\/p>\n<p>Tu changes la vue de ta montre pour ne plus \u00eatre tent\u00e9 de zyeuter cette satan\u00e9e allure. Tu essaies de te concentrer sur ton souffle. Te recentrer. Au bout de trente minutes, tu d\u00e9cides d\u2019arr\u00eater le tempo. Tu sens que tu vas t\u2019exploser, sinon, litt\u00e9ralement.<\/p>\n<p>Tu finis tes 1h45, tu encha\u00eenes les bornes, sans contr\u00f4le de ton rythme, d\u00e9sormais, et tu te fais plaisir, un peu, dans la douleur. Tu revis, un peu.<\/p>\n<p>Tu sais un peu plus pourquoi tu cours, aussi. Tu te dis que la sortie suivante, \u00e7a serait pas mal de prendre ton ancienne G\u00e9onaute \u00e0 10 balles pour simplement avoir une id\u00e9e du chrono et oublier tout le reste. La montre. L\u2019allure. Le temps. Bon, tu ne le feras pas, mais tu es content d\u2019y avoir pens\u00e9. Une respiration, les yeux ferm\u00e9s. Et pourquoi tu ne le ferais pas\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actuellement en pleine pr\u00e9paration pour le marathon de Valence (1er d\u00e9cembre), je me suis noy\u00e9 samedi 26 octobre lors du semi-marathon de Bordeaux. La cause\u00a0? Un trop plein d\u2019implication qui, \u00e0 l\u2019instar du funambule, m\u2019a entra\u00een\u00e9 dans la chute libre des (mauvaises) raisons pour lesquelles je cours. 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