{"id":1552,"date":"2020-01-20T16:17:36","date_gmt":"2020-01-20T15:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/quentinguillon.com\/?p=1552"},"modified":"2023-06-28T10:54:11","modified_gmt":"2023-06-28T08:54:11","slug":"le-marathon-une-ecole-de-lhumilite-et-de-la-patience-article-lepapeinfo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2020\/01\/20\/le-marathon-une-ecole-de-lhumilite-et-de-la-patience-article-lepapeinfo\/","title":{"rendered":"Le marathon, une \u00e9cole de l\u2019humilit\u00e9 et de la patience (Article Lepapeinfo)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Je visais autour 2h20\u2019 au marathon de Valence, le 1er d\u00e9cembre. J\u2019ai pris tous les risques. J\u2019ai fini par exploser pour terminer en 2h26\u201941\u2019\u2019. On ne triche pas sur marathon. R\u00e9cit.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lepape-info.com\/actualite\/le-marathon-une-ecole-de-lhumilite-et-de-la-patience\/\"><span style=\"color: #ebb667;\">Article publi\u00e9 sur le site LEPAPEINFO.<\/span><\/a><\/p>\n<p>C\u2019est quand m\u00eame quelque chose \u00e0 vivre, un d\u00e9part de marathon. Une foule immense, les entrailles qui bruissent comme le vent qui fait voleter les feuilles d\u2019automne, les accompagnants aux petits soins. La derni\u00e8re semaine, chaque moment de la journ\u00e9e est raccord\u00e9 \u00e0 la course du dimanche\u00a0: les pens\u00e9es sont comme arrim\u00e9es au port, elles ne peuvent pas voguer, et la seule chose qui compte est d\u2019\u00e9conomiser ses forces en pr\u00e9vision de la temp\u00eate annonc\u00e9e. Les semaines de pr\u00e9paration, le r\u00e9gime dissoci\u00e9 qui a \u00e9puis\u00e9 les r\u00e9serves en d\u00e9but de semaine laissent place, sur la ligne d\u00e9part, \u00e0 l\u2019ardente adr\u00e9naline tant recherch\u00e9e\u00a0: le c\u0153ur br\u00fble et avoisine d\u00e9j\u00e0 les 150 pulsions par minute. Il y a toujours ce petit vertige de se lancer sur 42 km.<\/p>\n<p>On y est, donc. Dix minutes \u00e0 trottiner pour se rendre sur le site du d\u00e9part, pas de lignes droites, mais un premier kilo en 3\u201910\u2019\u2019 (19 \u00e0 l\u2019heure), sans s\u2019en rendre compte, sur le billard valencien, dans la foul\u00e9e l\u2019Espagnol Javier Martinez,\u00a0li\u00e8vre sur 2h19\u2019 (3\u201918\u2019\u2019 au kilo, soit 18,2 \u00e0 l\u2019heure). Ouchhh. Mettre le frein \u00e0 main\u00a0? C\u2019est tellement bon, ces sensations\u2026Je m\u2019\u00e9tais dit que j\u2019allais tenter. Je tente.<\/p>\n<p>La course \u00e0 pied est un jeu et j\u2019ai les cartes en main. Les premiers kilom\u00e8tres sont un vrai d\u00e9lice, \u00e0 l\u2019image de la douceur des \u00ab\u00a0Arroces\u00a0\u00bb,\u00a0 ces diff\u00e9rents types de riz qui constituent les paellas, la sp\u00e9cialit\u00e9 locale.<\/p>\n<p>La densit\u00e9 de coureurs est affolante. Le marathon de Valence est devenu incontournable. Un bruit sourd, <span style=\"color: #ebb667;\"><a style=\"color: #ebb667;\" href=\"https:\/\/www.lepape-info.com\/actualite\/sylvain-coher-il-ny-a-pas-besoin-detre-coureur-pour-ecrire-un-roman-sur-la-course\/\">un\u00a0<i>\u00ab\u00a0flappement\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>incessant, pour paraphraser l\u2019\u00e9crivain Sylvain Coher<\/a><\/span>, auteur de\u00a0<i>Vaincre \u00e0 Rome<\/i>, scande le macadam, au sein du large groupe dans lequel je me trouve. Je regarde le sol. Une mar\u00e9e de chaussures vertes et roses, sigl\u00e9es de la marque \u00e0 la virgule, atomiques chaussons propulsant. Autour, on est une poign\u00e9e \u00e0 ne pas les porter. Si tu es coureur \u00e0 pied et que tu n\u2019as pas tes Vaporfly, tu as loup\u00e9 ta vie.<\/p>\n<h4><b>Dopage technologique et \u00e9thique de course<\/b><\/h4>\n<p>D\u00e9sol\u00e9, mais je pr\u00e9f\u00e8re enfiler des chaussures \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de voler en Vaporfly et r\u00e9aliser un chrono que je juge fallacieux. Dopage technologique. Le marathon, c\u2019est trouver la cl\u00e9, \u00e0 l\u2019entra\u00eenement, pour endiguer la casse musculaire qui r\u00e9sulte des impacts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au sol. Les Vaporfly, c\u2019est un perp\u00e9tuel coussin amortisseur qui d\u00e9joue cette casse.<\/p>\n<p>Interrogez-vous, vous qui courez : quel est votre but\u00a0? Pourquoi succomber aux sir\u00e8nes du marketing \u00e0 tous crins de Nike qui, en sus d\u2019empocher des milliards de dollars (ils font ce qu\u2019ils veulent, apr\u00e8s tout), ne se prive pas pour soutenir et couvrir des entra\u00eeneurs-gourous qui ont la turpitude chevill\u00e9e aux pieds (cf le courageux t\u00e9moignage de Mary Cain, qui a d\u00e9nonc\u00e9 les agissements d\u2019Alberto Salazar, patron du Nike Oregon Project et d\u00e9sormais suspendu quatre ans).<\/p>\n<p>Je suis dans le deuxi\u00e8me groupe Elite f\u00e9minin. Le rythme tombe, d\u2019un coup, apr\u00e8s les 3\u201910\u2019\u2019 du 1er\u00a0kilo et le 3\u201912\u2019\u2019 du deuxi\u00e8me. Bah oui, on est parti trop vite.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Tu veux vraiment faire 2h18\u2019\u00a0? \u00bb\u00a0<\/i>questionne le li\u00e8vre \u00e0 une K\u00e9nyane.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Ok, je fais mon job, mais ne me le reproche pas apr\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Il se replace \u00e0 l\u2019avant et nous suivons, pareils au troupeau qui entame sa transhumance vers les sommets montagneux au printemps venu.<\/p>\n<p>Je suis \u00e0 l\u2019aise. Je regarde autour. Suaves sensations, semblables \u00e0 la fra\u00eecheur d\u2019une orange locale. Mon lacet se d\u00e9fait au 7e. Un instant, je me dis que je vais terminer la course ainsi. Mais c\u2019est trop risqu\u00e9. Il f\u00fbt un temps o\u00f9 ma cervelle serait devenue incandescente.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Respire, calme toi\u00a0\u00bb<\/i>. Dans un virage, je m\u2019\u00e9carte sur la droite. Une dizaine de secondes de perdu mais je parviens \u00e0 faire le \u00ab\u00a0jump\u00a0\u00bb pour rentrer sur le groupe, sans me mettre dans le rouge, me semble t-il. C\u2019est vite oubli\u00e9. Cela doit servir \u00e0 \u00e7a, le yoga.<\/p>\n<p>33\u201910\u2019\u2019 aux 10 km. Dix secondes de retard sur une moyenne de 3\u201918\u2019\u2019 mais dix d\u2019avance sur 3\u201920\u2019\u2019. L\u2019an dernier, j\u2019\u00e9tais en mode r\u00e9gulateur (2h24\u201957\u2019\u2019 en n\u00e9gativ split, apr\u00e8s un semi tr\u00e8s prudent). L\u00e0, Le moteur vrombit et j\u2019enclenche les chevaux. J\u2019ai l\u2019impression que le monde va s\u2019\u00e9crouler si je suis en retard ne serait-ce que d\u2019une seconde.<\/p>\n<p>Le marathon, c\u2019est \u00e9pargner pendant trente kilom\u00e8tres pour toucher, \u00e9ventuellement, les dividendes in fine. L\u00e0, je balance les billets de 50 balles par la fen\u00eatre. Notre peloton, form\u00e9 du second groupe des Elite femmes et de coureurs qui suivent Javier Martinez, li\u00e8vre sur 2h19\u2019 ne cesse de se s\u00e9parer puis de se reformer. J\u2019accompagne quasi syst\u00e9matiquement le groupe f\u00e9minin, quand le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. J\u2019ai l\u2019impression de faire ce que je veux. C\u2019est grisant.<\/p>\n<figure id=\"attachment_185697\" class=\"thumbnail wp-caption aligncenter\"><figcaption class=\"caption wp-caption-text\">\n<figure id=\"attachment_1553\" aria-describedby=\"caption-attachment-1553\" style=\"width: 768px\" class=\"wp-caption aligncenter thumbnail\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1553 size-large\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/IMG-20191201-WA0025-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/IMG-20191201-WA0025-768x1024.jpg 768w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/IMG-20191201-WA0025-225x300.jpg 225w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/IMG-20191201-WA0025.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1553\" class=\"wp-caption-text\">Photo Hannah Ahle<\/figcaption><\/figure>\n<\/figcaption><\/figure>\n<h4><b>Le fil se tend\u2026<\/b><\/h4>\n<p>12-13 km\u00a0: les premi\u00e8res douleurs apparaissent dans les quadriceps. Ce sont des douleurs difficiles \u00e0 d\u00e9crire. Elles ressemblent \u00e0 des petits courants d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui font tressaillir les jambes. Elles sont inhabituelles \u00e0 ce stade de la course. Je sais que ce n\u2019est pas bon signe. Mais j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de mettre cartes sur table. Les filles acc\u00e9l\u00e8rent, derechef. Le li\u00e8vre sur 2h19\u2019 temporise. Je suis les Elite femmes \u2013je ne veux surtout pas manquer la bonne opportunit\u00e9-, cal\u00e9 avec Adrien Guiomar, qui fera 2h19\u201943\u2019\u2019 (en Vaporfly).\u00a0 Je dirige mon \u00e9pargne vers un placement \u00e0 haut risque.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0\u00c7a a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l\u00e0, non\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i>, je questionne.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Oui, oui. Je suis trop con\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0me dit-il.\u00a0<i>\u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00fb rester avec le li\u00e8vre\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>On parle, je suis content d\u2019\u00eatre capable de le faire si ais\u00e9ment. J\u2019envoie des bisous \u00e0 Hannah, ma copine, que je vois sur le bord de la route. C\u2019est cool, ce marathon\u00a0! Je me retourne. Le li\u00e8vre hispanique est vingt m\u00e8tres derri\u00e8re. J\u2019h\u00e9site. Attendre\u00a0? Oui, mais, j\u2019ai le feu int\u00e9rieur. Je reste aux basques des f\u00e9minines. R\u00e9sultat\u00a0? 3\u201916\u2019\u2019 (presque 18,5) de moyenne entre les 15e\u00a0et 20e\u00a0km (et 32\u201948\u2019\u2019 sur le 2e\u00a010 km). 1h09\u201925\u2019\u2019 au semi.<\/p>\n<p>Le premier groupe des Elite femmes est d\u00e9sormais juste devant, cern\u00e9 par deux cam\u00e9ras perch\u00e9es sur des motos. Exaltant. Je me sens comme le cycliste qui pointe \u00e0 dix secondes du groupe de t\u00eate et qui va rentrer\u2026mais qui ne rentre pas.<\/p>\n<p>La performance est un \u00e9cheveau de fils qui s\u2019assemblent (pr\u00e9paration, hydratation, conditions de course, sch\u00e9ma de course, etc\u2026).\u00a0Brusquement, le cordon du cardio monte. Je passe de l\u2019aisance \u00e0 la difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Je me pr\u00e9parais \u00e0 devoir serrer les dents, tout \u00e0 fait focalis\u00e9 lors des dix derniers kilom\u00e8tres, apr\u00e8s que mon esprit ait vagabond\u00e9 pendant trente bornes. C\u2019est huit, neuf kilom\u00e8tres plus t\u00f4t. C\u2019est huit, neuf kilom\u00e8tres trop t\u00f4t. Les pens\u00e9es s\u2019\u00e9vanouissent d\u00e9sormais, devant l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019effort. S\u2019accrocher mentalement pendant presque un semi\u00a0? Un frisson me parcourt. Impossible, je vais litt\u00e9ralement passer par la fen\u00eatre. La foul\u00e9e se cabre, brusquement, comme le cheval qui refuse de passer l\u2019obstacle.<\/p>\n<p>Rond-point du 26e\u00a0km, au niveau de la \u00ab\u00a0Pla\u00e7a Saragosa\u00a0\u00bb. D\u2019un coup, le fil se distend et la pelote se d\u00e9vide.\u00a0Le cours du bas de laine\u00a0est mis\u00e9rable, d\u00e9sormais.<\/p>\n<h4><b>Assumer les risques<\/b><\/h4>\n<p>C\u2019est impardonnable, un marathon. Le deuxi\u00e8me groupe f\u00e9minin me rejoint \u00e0 la vitesse grand V. Je suis en surchauffe total. Banqueroute. Je dois \u00eatre \u00e0 17 \u00e0 l\u2019heure, mais le cardio ne redescend pas, lui. Impossible de se caler dans les roues, cette fois-ci. Le marathon est une \u00e9preuve de la patience.<\/p>\n<p>Comme par hasard \u2013qui n\u2019en n\u2019est pas un- une violente douleur me serre le ventre. L\u2019id\u00e9e de l\u2019abandon s\u2019immisce dans mes entrailles.<\/p>\n<p>Hannah doit me donner une casquette au 26e. Je scrute les bords de la route, bond\u00e9s.<\/p>\n<p>Je sens que j\u2019ai besoin d\u2019un soutien, ne serait-ce que visuel. Les bisous ont c\u00e9d\u00e9 place aux contorsions du visage. C\u2019est un peu moins glamour.<\/p>\n<p>27e\u00a0km. Un gros cinquante minutes de course, encore.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Enfin, si tu es encore capable de courir \u00e0 17 \u00e0 l\u2019heure, sinon \u00e7a va \u00eatre bien plus\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0me dis-je. L\u2019addition va \u00eatre sal\u00e9e.<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment Anglada me rattrape. Impossible de le suivre. Sa fr\u00eale silhouette s\u2019\u00e9loigne, pas \u00e0 pas. Je vois devant que les r\u00e9acteurs de mon pote Yannick Dupouy fument s\u00e9v\u00e8rement, aussi. C\u2019est bizarre, mais \u00e7a me booste, un peu\u00a0: je ne suis pas tout seul dans la m\u00eame gal\u00e8re.<\/p>\n<p>Je le rejoins au 30e\u00a0kilom\u00e8tre.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Je suis mort\u00a0\u00bb,\u00a0<\/i>me glisse t-il, la foul\u00e9e d\u00e9sarticul\u00e9e.<\/p>\n<p><i>&#8211; Moi aussi, j\u2019ai saut\u00e9 il y a 5 km\u00a0!\u00a0\u00bb.\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Il en reste 12 km.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je crois que je ne vais pas finir,\u00a0<\/i>continue t-il.<\/p>\n<p><i>&#8211; Je ne sais pas quoi faire\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>J\u2019ai un doute, car mon esprit est effervescent, pareil \u00e0 l\u2019eau bouillante qui d\u00e9borde de la casserole. Mais, au fond de moi, je sais que je vais aller au bout. Un peu masochiste, je veux exp\u00e9rimenter cette douleur du marathon. J\u2019en avais d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u les coups d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 lors de mon premier M\u00e9doc \u2013 mais c\u2019\u00e9tait logique, je n\u2019\u00e9tais pas au top de ma forme.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tu as pris des risques. Tu as fait all-in avec un paire de dix. Assume et va au bout\u00a0\u00bb,\u00a0<\/i>me susurre ma Petite Voix. Au fond de moi sourd les premiers enseignements.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Cette exp\u00e9rience te servira\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>On court de front avec Yannick. 5 km en 17\u201910\u2019\u2019 entre les 25e\u00a0et 30e\u00a0km, atteint en 1h39\u201950\u2019\u2019 (toujours sur des bases de 2h20\u00a0!). Ce n\u2019est pas si mal, \u00e7a fait toujours plus de 17 \u00e0 l\u2019heure sur le dernier 5 bornes et \u00e7a peut encore tenir. Yannick s\u2019arr\u00eate brutalement peu apr\u00e8s le 30e. Devant, Cl\u00e9ment Anglada est en point de mire. Il ne doit pas \u00eatre au mieux, non plus.<\/p>\n<p>C\u2019est tr\u00e8s \u00e9trange, cette histoire. Il y a des moments o\u00f9 je me sens, de nouveau, vraiment \u00e0 l\u2019aise. Pas \u00e0 3\u201920\u2019\u2019 (18 \u00e0 l\u2019heure), non. Mais autour de 3\u201930\u2019\u2019 (17 \u00e0 l\u2019heure). Et puis, 50 m\u00e8tres plus loin, la foul\u00e9e se d\u00e9lite de nouveau. Et je me dis, alors, que je vais finir \u00e0 10 \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p>Les doutes rejaillissent tel un geyser au 32e\u00a0km. Le soleil est d\u00e9sormais bien r\u00e9veill\u00e9, les vingt degr\u00e9s se font sentir sur les zones qui ne sont plus ombrag\u00e9es et j\u2019ai un gros coup de moins bien. Tel Icare dont les ailes viennent l\u00e9cher les rayons du soleil. Je m\u2019arr\u00eate marcher. Oui, je marche\u00a0! J\u2019ai l\u2019impression de ne plus avoir de forces, d\u2019un coup, telle la casse moteur en sport auto.\u00a0 La veille, un pote journaliste avait couru son premier 10km. Pas si mal, moins de 50 minutes mais je m\u2019\u00e9tais marr\u00e9, un brin moqueur, quand il m\u2019avait dit qu\u2019il avait march\u00e9 deux ou trois fois, sur la fin.<\/p>\n<p><i>\u00ab Cela ne m\u2019arrivera jamais, ces choses-l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/i>\u00a0Bah oui, tu t\u2019entra\u00eenes 10 fois par semaine\u2026<\/p>\n<p>Je mange une datte que j\u2019avais gliss\u00e9e dans la poche de mon short. J\u2019en ai une deuxi\u00e8me au cas o\u00f9. Je suis en nage, et je me noie. J\u2019en ai l\u2019habitude dans les bassins de natation, mais un peu moins en course \u00e0 pied\u2026<\/p>\n<h4><b>De l\u2019harmonie \u00e0 la cacophonie<\/b><\/h4>\n<p>Je repars \u00e0 petites foul\u00e9es et reprend un rythme autour des 15 \u00e0 l\u2019heure.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Bordel, je vais \u00eatre incapable de finir\u00a0\u00bb<\/i>. Le truc, c\u2019est que l\u00e2cher l\u2019affaire \u00e0 cet endroit n\u2019est pas synonyme de lib\u00e9ration totale, comme le prisonnier qui se voit \u00f4ter ses menottes\u00a0: c\u2019est qu\u2019il faut revenir au d\u00e9part pour retrouver ses affaires, et tutti quanti, et que je suis dans la pampa\u00a0!<\/p>\n<p>Hannah doit me rejoindre au 38e. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a sera le plus dur, lui avais-dit. J\u2019aurais besoin de soutien pour tenir les 2h20\u2019. C\u2019est une astuce pour briser le vertige des 42 km\u00a0: saucissonner la course en diff\u00e9rentes tranches, comme autant d\u2019objectifs interm\u00e9diaires. Je ralentis tellement qu\u2019elle a le temps de s\u2019avancer au 37e. Je suis content de la voir, et en m\u00eame temps d\u00e9\u00e7u. Je m\u2019\u00e9tais dit, tel un automate, qu\u2019il me resterait quatre km de douleurs quand je la verrais. \u00c7a fait cinq, du coup\u2026<\/p>\n<p>Une pens\u00e9e surgit\u00a0: l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je doublais tout le monde. L\u00e0, je me fais d\u00e9couper, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un jambon pata negra. Le pire, c\u2019est que ceux qui me d\u00e9bordent sont, aussi, de guingois.<\/p>\n<p>C\u2019est incroyable, quand m\u00eame, le marathon. Il y a deux heures, on formait un orchestre symphonique qui martelait le macadam en cadence. L\u00e0, c\u2019est la d\u00e9bandade. Chaque coureur est seul, parfois en petit groupe, et joue sa propre m\u00e9lodie, dissonante, mais applaudi par un public chaleureux.<b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Les visages sont crisp\u00e9s, les corps marqu\u00e9s au fer rouge sur cette ligne bleue \u2013trac\u00e9e au sol et qui symbolise la distance la plus courte-, qui d\u00e9file moins vite, tout d\u2019un coup.<\/p>\n<p>Je retrouve un semblant d\u2019\u00e9nergie pour finir les deux derniers kilom\u00e8tres \u00e0 plus de 16 \u00e0 l\u2019heure, en 2h26\u201941\u2019\u2019. D\u00e9truit, musculairement.<\/p>\n<p>J\u2019avais besoin de prendre tous les risques pour ne nourrir aucun regret. C\u2019est une le\u00e7on tr\u00e8s utile pour l\u2019avenir, mais arriverai-je \u00e0 la r\u00e9citer sans bafouiller?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je visais autour 2h20\u2019 au marathon de Valence, le 1er d\u00e9cembre. J\u2019ai pris tous les risques. J\u2019ai fini par exploser pour terminer en 2h26\u201941\u2019\u2019. On ne triche pas sur marathon. R\u00e9cit. Article publi\u00e9 sur le site LEPAPEINFO. C\u2019est quand m\u00eame quelque chose \u00e0 vivre, un d\u00e9part de marathon. Une foule immense, les entrailles qui bruissent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1554,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[229,71,235],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1552"}],"collection":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1552"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1552\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1639,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1552\/revisions\/1639"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1554"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}