{"id":1628,"date":"2020-10-27T09:44:44","date_gmt":"2020-10-27T08:44:44","guid":{"rendered":"http:\/\/quentinguillon.com\/?p=1628"},"modified":"2023-06-28T10:53:53","modified_gmt":"2023-06-28T08:53:53","slug":"le-grand-trail-du-lac-recit-dune-premiere-en-clair-obscur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2020\/10\/27\/le-grand-trail-du-lac-recit-dune-premiere-en-clair-obscur\/","title":{"rendered":"Le Grand Trail du Lac : r\u00e9cit d\u2019une premi\u00e8re en clair-obscur"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Routard et marathonien, je me suis lanc\u00e9 sur mon premier trail long dimanche 18 octobre, sur le Grand Trail du Lac (GLT), le tour du lac du Bourget (75 km et 3\u00a0600 m D+) en Savoie. R\u00e9cit de cette premi\u00e8re exp\u00e9rience tout \u00e0 la fois heureuse et douloureuse.<br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ebb667;\"><a style=\"color: #ebb667;\" href=\"https:\/\/www.trails-endurance.com\/actualites-courses-trail-running\/le-grand-trail-du-lac-recit-dune-premiere-en-clair-obscur\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Article \u00e9crit pour Trails Endurance Mag<\/a><\/span>.<\/p>\n<p>C\u2019est une vibration qui vous parcourt le corps entier, un pincement qui vous \u00e9treint les guiboles. Non pas l\u2019adr\u00e9naline, l\u2019envie et l\u2019excitations presque furieuses de faire avancer les jours plus vite qu\u2019ils ne cheminent pour \u00eatre au d\u00e9part, mais une l\u00e9g\u00e8re h\u00e9sitation qui sourd, qui se mue en appr\u00e9hension et qui jaillit dans les derniers instants furieux\u00a0: la course sera-t-elle maintenue\u00a0? La course sera-t-elle maintenue\u00a0? La course serait-elle maintenue\u00a0? L\u2019\u00e9pid\u00e9mie progresse, le couvre-feu est \u00e9tabli dans les grandes m\u00e9tropoles et la liste des \u00e9v\u00e8nements annul\u00e9s au tout dernier moment rejoint la litanie des courses sacrifi\u00e9es sur l\u2019autel du coronavirus, tel le marathon de Metz la semaine derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Le Grand trail du Lac (GTL) n\u2019est pas (encore) un mastodonte du calendrier national, et c\u2019est ce qui l\u2019a sauv\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence des Templiers, par exemple \u2013la Savoie ne se situe \u00e9galement pas en zone rouge.<\/p>\n<p>Le filet d\u2019excitation est prolong\u00e9, aussi, car c\u2019est mon premier 75 km. Je suis marathonien et coureur de 10 km. Il n\u2019y a plus de 10 km et il n\u2019y a plus de marathons. J\u2019aime la montagne et il restait quelques trails, dans un calendrier qui a pris les allures d\u2019une orange pel\u00e9e cramoisie par le soleil. Alors c\u2019\u00e9tait le moment de foncer. Depuis deux mois, le sac de trail est le prolongement de mon dos. \u2013dont un mois pass\u00e9 dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. Les Templiers, l\u2019objectif initial, ont donc \u00e9t\u00e9 annul\u00e9s mais pas le GTL, qui organisait sa 6<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9dition le m\u00eame jour, dimanche 18 octobre.<\/p>\n<p><b>Ce qui est rare est chair<\/b><\/p>\n<p>Nous coureurs sommes chanceux, aussi, qu\u2019une \u00e9quipe organisatrice se mobilise avec tant d\u2019ardeur. Pl\u00e9thore de courses se mettent en sourdine car les b\u00e9n\u00e9voles sont us\u00e9s et les contraintes\u2026trop contraignantes. L\u2019athl\u00e8te se l\u00e8ve pour s\u2019entra\u00eener et cueillir avec la main le lever du soleil qui s\u2019offre \u00e0 lui. L\u2019organisateur se l\u00e8ve et moissonne des pages d\u2019un protocole sanitaire mouvant qu\u2019il doit respecter pour convaincre la pr\u00e9fecture que sa course n\u2019est pas risqu\u00e9e. Foi cardinale.<\/p>\n<p>Ce qui est rare est chair, donc. Je crois bien que chaque coureur \u00e9tait conscient, ce dimanche matin, de la chance de pouvoir se tapoter ses cuissots de ses doigts f\u00e9briles et exalt\u00e9s, au d\u00e9part des 75 km et 3\u00a0600 m de d\u00e9nivel\u00e9 positif \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>L\u2019esprit trail, c\u2019est s\u2019abstraire des contingences de la route. Va pour la location d\u2019un v\u00e9lo (\u00e9lectrique hein, faut pas abuser) pour parcourir les 10 km de Chamb\u00e9ry au d\u00e9part, \u00e0 4 heures du matin dans la nuit noire, car je n\u2019avais pas de voiture sur place, venant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>Sur la ligne, S\u00e9bastien Spehler, qui s\u2019\u00e9tait offert un \u00ab Ro\u00efgabragelti \u00bb aux trois quarts de la Munster-Trail (75km) il y a deux semaines tellement son avance \u00e9tait grande (renseignement pris, c\u2019est une sp\u00e9cialit\u00e9 alsacienne \u00e0 base de pommes de terre, de lardons et d\u2019oignons), part comme s\u2019il s\u2019\u00e9lan\u00e7ait sur un 10 bornes\u00a0: en maillot de course, avec les seules manchettes et pas de sac \u00e0 dos. Si j\u2019avais su, j\u2019aurais enlev\u00e9 mon sifflet, ma couverture de survie, et mon maillot manches longues. Apr\u00e8s une longue enqu\u00eate, j\u2019apprendrais qu\u2019il portait une l\u00e9g\u00e8re ceinture d\u2019hydratation, sous son maillot donc, avec tout le mat\u00e9riel obligatoire requis.<\/p>\n<p>Les 10 premiers kilom\u00e8tres sont plats comme la main, le long du Lac du Bourget en direction d\u2019Aix-les-Bains. Je prends quelques longueurs d\u2019avance. C\u2019est mon terrain de chasse, non\u00a0? Les vaguelettes claquettent sur le rivage. L\u2019esprit divague et s\u2019imagine l\u2019\u00e9tendue du lac, bleu noir, qui sommeille en arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<p>L\u2019esprit revient vite \u00e0 ce pourquoi il est l\u00e0, \u00e0 5 heures du matin. Un coriace rhume me scie depuis trois jours. L\u2019allure n\u2019est pas d\u00e9mentielle \u2013entre 16 et 17 \u00e0 l\u2019heure grosso modo-, \u00e7a devrait rouler facile mais le cardio est d\u00e9j\u00e0 haut, les sensations loin d\u2019\u00eatre fameuses (pourtant je me suis \u00e9chauff\u00e9 sur mon v\u00e9lo \u00e9lectrique, non\u00a0?), et j\u2019ai le feu dans la poitrine. Une pens\u00e9e surgit\u00a0: o\u00f9 serais-je dans 6 heures\u00a0?<\/p>\n<p>Sur la piste cyclable, nos ombres projet\u00e9es par le halo des frontales oscillent et s\u2019entrechoquent en un ballet. Th\u00e9\u00e2tre de marionnettes qui filent brise au vent.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re grosse bosse sur une sente apr\u00e8s avoir pass\u00e9 Aix-les-Bains. S\u00e9bastien Spehler enquille et s\u2019envole. Je figure \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, autour de la 10<sup>e<\/sup>\u00a0place. L\u2019\u00e9lastique se tend et le groupe explose. Bizarrement, je me sens tr\u00e8s bien dans la bosse. Je me glisse en 2<sup>e<\/sup>\u00a0position, sans trop en faire\u00a0: le travail dans les Pyr\u00e9n\u00e9es semble porter ses fruits.<\/p>\n<p><b>Pr\u00e9cipitation<\/b><\/p>\n<p>Un d\u00e9tail quand m\u00eame, pour les novices\u00a0: \u00e9vitez les lampes frontales \u00e0 350 Lumens quand vous \u00eates seul. Sauf si vous avez des yeux de lynx, bien entendu. Dans mon dos, un halo danse entre les arbres et me d\u00e9vore. Sylvain Court me d\u00e9borde et je mange ses mollets, mes quintes de toux dans sa nuque (c\u2019est une image hein, je me retourne pour tousser). La descente n\u2019est pas technique, et je suis content de me faire plaisir apr\u00e8s avoir pris le bouillon aux France de courses en montagne.<\/p>\n<p>Premier ravito, km 22. 2<sup>e<\/sup>\u00a0et 3<sup>e<\/sup>\u00a0avec Sylvain Court, \u00e0 2\u2019 de Spehler. Je n\u2019ai pas d\u2019assistance et je perds la roue du champion du Monde 2015, ressorti 45\u2019\u2019 avant moi. Dans la pr\u00e9cipitation, je prends un coca au d\u00e9bott\u00e9 apr\u00e8s avoir enlev\u00e9 mon sac et sorti mon gobelet, je glisse une banane dans le sac derri\u00e8re. Je me rends compte que si je veux la manger, il faut que je m\u2019arr\u00eate derechef. Je la mangerai plus tard.<\/p>\n<p>J\u2019ai perdu mon \u00e9claireur. La for\u00eat bruisse de murmures et d\u2019une vie qui nous est inconnue. Les oiseaux s\u2019\u00e9veillent. Un coureur du relais \u00e0 4 me d\u00e9passe. Je suis sa trace et ne regarde plus les petites balises rouges qui z\u00e8brent le parcours. Nous perdons de vue nos boussoles. A\u00efe.\u00a0L\u2019impression que la gueule b\u00e9ante de la noire for\u00eat noire va nous engloutir \u00e0 grands coups de canines. Miraculeusement, nous retrouvons notre trace. Cinq bonnes minutes laiss\u00e9es en route.<\/p>\n<p>La caboche \u00e9branl\u00e9e, je perds un peu de terrain. Et davantage sur une partie plus technique, o\u00f9 les mains deviennent soudain nos pieds. Mes yeux implorent le paresseux et languissant soleil de soulager ma vue. En haut d\u2019une bosse, des train\u00e9es de nuages sont accroch\u00e9es aux vallons et au lac. L\u2019aurore chatoie entre deux volutes du fin brouillard qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent du lac. Au premier plan, une rang\u00e9e d\u2019arbres mordor\u00e9s semblables \u00e0 des t\u00eates de brocolis grill\u00e9s \u00e0 la po\u00eale disent l\u2019automne. J\u2019aimerais contempler ce tableau mais je dois en peindre un autre.<\/p>\n<p><b>Pourquoi ai-je si soif\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>J\u2019hachure \u00e0 grands traits de foul\u00e9es le macadam sur une longue partie roulante, qui m\u2019est favorable, et double plusieurs concurrents. J\u2019entame enfin une barre \u2013 apr\u00e8s plus deux heures de course-, bois abondamment et sourd une inqui\u00e9tude\u00a0: pourquoi ai-je si soif, d\u2019un coup\u00a0?<\/p>\n<p>Km 37. Les jambes se durcissent. 2<sup>e<\/sup>\u00a0ravitaillement. 9<sup>e<\/sup>\u00a0position. Je serais 5<sup>e<\/sup>\u00a0si je retranche la partie de cache-cache en for\u00eat noire. Mon genou serait, aussi, peut-\u00eatre fracass\u00e9 si je regardais o\u00f9 je mets les pieds au lieu de penser \u00e0 ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 il y a une demi-heure.<\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9cipitation, une g\u00e9n\u00e9reuse b\u00e9n\u00e9vole me remplit un de mes deux gourdes de Saint-Yorre. J\u2019ingurgite quelques morceaux de tomme de Savoie et des bouts de saucisson. Je cr\u00e8ve la dalle, en fait. Ma seconde flasque est vide. Je la remplis\u00a0? Le prochain ravitaillement est dans 14 km. \u00c7a ne sert \u00e0 rien de perdre une minute \u2013 sur une course de plus de 7 heures, non\u00a0?<\/p>\n<p>Je sors mon bout de papier fa\u00e7on roadbook, qui transpire lui aussi. Trois courtes bosses bien raides m\u2019attendent avant une partie roulante et deux bornes qui grimpent \u00e0 15%, pour atteindre le ravitaillement du 53<sup>e<\/sup>\u00a0km.<\/p>\n<p>Un single \u00e9troit, les mains sur les cuisses (pourquoi personne ne m\u2019attendait avec des b\u00e2tons au ravito\u00a0? J\u2019apprendrais, bien plus tard, qu\u2019il existe un accroche b\u00e2ton \u00e0 placer sur le sac) alternant marche et course. \u00c7a roule bien, je rattrape un ou deux concurrents. Une bosse sur la route, qui me permet de bien courir.<\/p>\n<p>Et puis, aux alentours du 43<sup>e<\/sup>, un marathon quoi, les pens\u00e9es qui vrillent, la foul\u00e9e qui se r\u00e9tracte, les molaires qui broient l\u2019embout de la gourde pour y qu\u00eater la derni\u00e8re goutte de Saint-Yorre (ce sont DES DIZAINES de minutes que je perds l\u00e0, non\u00a0?), et je suis oblig\u00e9 de marcher alors que cette partie, en for\u00eat sur une large sente, m\u2019\u00e9tait pleinement favorable.<\/p>\n<p><b>Randonneur en perdition<\/b><\/p>\n<p>Une barre au nougat, puis un gel, puis je m\u2019arr\u00eate pour saisir la banane qui se noircit depuis de longues minutes. J\u2019ai FAIM\u00a0! Le froid me sert les entrailles. Le manches longues me r\u00e9chauffe le c\u0153ur mais pas la t\u00eate. Elles sont utiles, ces instructions pour le mat\u00e9riel obligatoire.<\/p>\n<p>Les oreilles bourdonnent, et je sens un poids immense sur la poitrine.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Il est dans combien de temps le ravitaillement\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i>\u00a05 km, me glisse un b\u00e9n\u00e9vole. Quoi\u00a0??? Je m\u2019allonge cinq minutes et ferme les yeux, l\u2019impression que mon corps s\u2019\u00e9vanouit au c\u0153ur de la for\u00eat, que mes jambes se d\u00e9robent. Il n\u2019y a pas de ruisseau pour s\u2019abreuver\u00a0?<\/p>\n<p>Les concurrents qui me d\u00e9posent s\u2019enqui\u00e8rent de ce randonneur en perdition. L\u2019un d\u2019entre eux, charitable, me tend une barre au chocolat. Je n\u2019ose pas lui demander de l\u2019eau. Je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 \u00eatre plus lucide. Sur 10 km ou marathon, chaque seconde ou presque compte. Sur trail, s\u2019arr\u00eater soixante secondes pour boire et manger, c\u2019est sauver soixante minutes. Voire sa course.<\/p>\n<p>Le GPS vrille complet, lui aussi, le sc\u00e9l\u00e9rat\u00a0; pas moyen donc de savoir quand ce foutu ravitaillement va surgir.<\/p>\n<p>J\u2019ai bien envie de sortir mon sifflet. Qu\u2019il serve au moins. Allez, du courage, ce qui est rare est chair et je n\u2019aurais sans doute pas l\u2019heur de remettre un dossard avant de longues semaines. Il faut en profiter, c\u2019est ce que j\u2019avais \u00e9crit sur mon m\u00e9mo d\u2019avant-course, quoi qu\u2019il arrive. Il arrive que je p\u00e8te complet et que je ne profite de rien du tout. J\u2019envoie un court message vocal pour dire \u00e0 la famille de pas s\u2019inqui\u00e9ter, tout va bien, c\u2019est la rando du Lac du Bourget, en fait. Mais ils ne comprennent rien, apparemment, avec ce portable de guingois (l\u2019autre est en r\u00e9paration apr\u00e8s avoir visiblement pris l\u2019eau pendant deux heures sur la derni\u00e8re sortie trail), et je dois pianoter pendant cinq minutes, les doigts engourdis, et corriger chaque mot, comme si j\u2019\u00e9tais ivre. C\u2019est que je dois l\u2019\u00eatre, un peu.<\/p>\n<p><b>Retour en voiture<\/b><\/p>\n<p>Quelques b\u00e2tisses, des applaudissements au loin, mon c\u0153ur fait des bonds. Soupe au vermicelle, tomme de Savoie, noix de cajou (du SEL\u00a0! puisque le sel de la course s\u2019est volatilis\u00e9, lui), g\u00e2teaux ap\u00e9ros, caf\u00e9 qui r\u00e9chauffe, et une bonne chaise, entrecoup\u00e9s des mots des b\u00e9n\u00e9voles, bienveillants et attentionn\u00e9s, qui r\u00e9chauffent aussi.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Mangez, \u00e7a va aller mieux et vous allez repartir\u00a0\u00bb<\/i>. C\u2019est qu\u2019ils seraient presque \u00e0 me convaincre. Mais je sais que la suite est bien cors\u00e9e et technique. D\u00e9j\u00e0 que j\u2019ai les deux orteils tous bleus apr\u00e8s avoir fracass\u00e9 deux pierres, en trottinant \u00e0 8 \u00e0 l\u2019heure, sur une portion plate. Et je ne voudrais quand m\u00eame pas \u00eatre oblig\u00e9 d\u2019utiliser mon sifflet, pour de vrai.<\/p>\n<p>Une femme attend avec ses deux fillettes.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Oui oui, je peux vous ramener \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, la voiture est petite mais il y a une place. Mon mari m\u2019a dit qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 dans un ou deux kilom\u00e8tres\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Une heure plus tard, ledit mari arrive. Bonne id\u00e9e aussi, la couverture de survie, que j\u2019\u00e9tais \u00e0 deux doigts de mettre, transi de froid.<\/p>\n<p>Dans la descente, en quatre roues donc, tr\u00e8s jolie vue sur le lac. Retour au bercail. S\u00e9bastien-Spehler-la-com\u00e8te-qui-aurait-pu-s\u2019arr\u00eater-et-s\u2019enfiler-une-croziflette-g\u00e9ante-au-sommet-du-dernier-raidard-tellement-son-avance-\u00e9tait-grande est arriv\u00e9 depuis vingt minutes, imp\u00e9rial.<\/p>\n<p>Je crache mes poumons (dans mon coude, puisque mes manchons ont d\u00e9j\u00e0 essuy\u00e9 une belle temp\u00eate), me jette sur mon panini saumon et mon flan p\u00e2tissier. \u00c7a ressemble \u00e0 une hypo doubl\u00e9 d\u2019une d\u00e9shydratation, cette histoire. \u00c7a tombe bien, j\u2019avais respect\u00e9 scrupuleusement le r\u00e9gime dissoci\u00e9 pour l\u2019\u00e9viter. Courir dans la nuit trois heures s\u2019apprivoise, aussi, quand on ne l\u2019a jamais fait \u2013 pardon, si, un footing de 30\u2019 en for\u00eat au cr\u00e9puscule le mardi pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Mais la pr\u00e9paration \u00e9tait canon, les 40 premiers kilom\u00e8tres \u00e9taient canon, l\u2019organisation \u00e9tait canon, et Pep Guardialo est canon, aussi.<\/p>\n<p>Marcelo Bielsa, qui fait rena\u00eetre Leeds pour les ap\u00f4tres du football, a \u00e9pingl\u00e9 dans son bureau une citation de Pep Guardiola, le maestro catalan.\u00a0<i>\u00ab Les moments de mon existence au cours desquels je me suis am\u00e9lior\u00e9 ont un rapport avec l\u2019\u00e9chec, ceux au cours desquels j\u2019ai r\u00e9gress\u00e9 ont un rapport avec le succ\u00e8s \u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Merci Pep, c\u2019est trop sympa.<\/p>\n<p><strong>Photo :<\/strong> Bruno Lavit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Routard et marathonien, je me suis lanc\u00e9 sur mon premier trail long dimanche 18 octobre, sur le Grand Trail du Lac (GLT), le tour du lac du Bourget (75 km et 3\u00a0600 m D+) en Savoie. 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