{"id":2861,"date":"2023-06-28T10:06:49","date_gmt":"2023-06-28T08:06:49","guid":{"rendered":"http:\/\/quentinguillon.com\/?p=2861"},"modified":"2023-07-08T08:45:11","modified_gmt":"2023-07-08T06:45:11","slug":"fleur-de-cafe-rencontre-5-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/fleur-de-cafe-rencontre-5-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/","title":{"rendered":"Fleur de caf\u00e9 &#8211; Rencontre #6 De la terre \u00e0 l&#8217;assiette (Impacts Editions)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\">#R<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/de-la-terre-a-l-assiette-9782491609153.html\" target=\"_blank\">ENCONTRE<\/a>6, Aire-sur-l\u2019Adour, Casa Fior avec la <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.librairie-la-reverie.fr\/\" target=\"_blank\">Librairie La R\u00eaverie<\/a>,&nbsp;vendredi 19 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Julie est devenue \u00e9co-anxieuse il y a deux, trois ans. C\u2019\u00e9tait presque ses premiers mots, quand j\u2019ai franchi le seuil de sa librairie, une heure avant la rencontre. Une grosse heure plus tard, c\u2019est ainsi qu\u2019elle a l\u2019a d\u00e9but\u00e9e, \u00e0 demi-assise sur un tabouret, devant le comptoir et les gens du caf\u00e9 \u2013 pass\u00e9 en mode bar, \u00e0 cette heure-l\u00e0. Le confinement, Julie l\u2019a v\u00e9cu dans les Hautes-Landes avec son compagnon. La premi\u00e8re boulangerie \u00e9tait \u00e0 douze kilom\u00e8tres. A moins de vivre en autarcie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Julie et son compagnon se sont depuis install\u00e9s \u00e0 Aire-sur-l\u2019Adour. Chaque samedi matin, la vie vibrionne autour du grand march\u00e9 de producteurs (dont pas mal de locaux) et l\u2019arr\u00eat obligatoire \u00ab&nbsp;Chez Juju&nbsp;\u00bb, un caf\u00e9 ou un verre de blanc&nbsp;; un caf\u00e9 et un verre de blanc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Julie culpabilise, souvent. Comme si le changement climatique, c\u2019\u00e9tait uniquement sa faute. Quand elle prend sa voiture&nbsp;; quand elle va au supermarch\u00e9, quand quand quand. Combien sommes-nous \u00e0 nous auto flageller pour chaque action qui n\u2019est pas \u00ab&nbsp;\u00e9co-responsable&nbsp;\u00bb &#8211; faut dire comme \u00e7a, non&nbsp;? Et la responsabilit\u00e9 collective, alors&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Julie oublie qu\u2019elle agit. Douze ans qu\u2019il n\u2019y avait plus de librairie \u00e0 Aire-sur-l\u2019Adour. D\u00e9sormais, les passagers et passag\u00e8res voyagent, rue Gambetta en plein centre-ville, lorsque leurs yeux joyeux d\u00e9couvrent \u00ab&nbsp;La R\u00eaverie \u00bb. Elles et ils ne savent sans doute pas que Julie ne se verse pas encore de salaire, un an apr\u00e8s l\u2019ouverture.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de libraires vivent au SMIC. Certaines maisons d\u2019\u00e9ditions, dont celle-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom, limite la remise pour certains libraires \u00e0 30% sur la vente d\u2019un ouvrage. Ces librairies ne re\u00e7oivent pas de livre de cette maison d\u2019\u00e9dition dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom, pour le \u00ab&nbsp;travailler&nbsp;\u00bb en amont, pour savoir quoi en dire aux futur(e)s clients et clientes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objet livre est comme d\u00e9shumanis\u00e9. C\u2019est comme pour les f\u00eates \u00e9coles&nbsp;: vous achetez les g\u00e2teaux que vous avez vous-m\u00eames pr\u00e9par\u00e9s afin de faire vivre l\u2019asso de parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p>La comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Le livre, ce n\u2019est pas la kermesse. C\u2019est la culture, c\u2019est l\u2019ouverture, c\u2019est l\u2019enrichissement (d\u2019abord pas p\u00e9cunier, mais vous l\u2019avez compris).<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine questionne, dans <em><a href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/de-la-terre-a-l-assiette-9782491609153.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">De la terre \u00e0 l\u2019assiette<\/a><\/em>. <em>\u00ab&nbsp;Combien d\u2019assiettes \u00e0 20 euros faut-il pour rembourser un pr\u00eat de 300&nbsp;000 euros&nbsp;\u00bb<\/em>. Le parall\u00e8le est tout trac\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;combien de livres faut-il vendre pour en vivre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Question subsidiaire, tout aussi essentielle&nbsp;: la course \u00e0 la vente des livres, serait-ce participer au syst\u00e8me de consommation dans lequel nous sommes englu\u00e9s&nbsp;? Comment d\u00e9passer ce paradoxe, que je cherche aussi \u00e0 d\u00e9border, n\u00e9o-auteur ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HORS LES MURS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Julie ne pousse pas \u00e0 la consommation, justement. Elle a fait \u00e7a, dans une autre vie, \u00e0 vendre des objets \u00e0 des gens qui n\u2019en avaient pas forc\u00e9ment ni les moyens, ni m\u00eame peut-\u00eatre le besoin. Elle ne s\u2019y reconnaissait plus. Vraiment plus. L\u00e0, elle a appris \u00e0 conna\u00eetre chaque cliente, chaque client. Faut-il encore dire cliente, client, d\u2019ailleurs&nbsp;? Faut-il pr\u00e9f\u00e9rer associ\u00e9(e), partenaire, un autre terme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle conseille, elle trouve du sens, chaque jour. Les gens ach\u00e8tent, ou n\u2019ach\u00e8tent pas. Elle a gagn\u00e9 leur confiance. Comment ont-ils fait, les gens, sans librairie pendant douze ans ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne le sait peut-\u00eatre pas, Julie, mais elle d\u00e9passe son \u00e9co anxi\u00e9t\u00e9 par ses actions qui sonnent justes. Elle songe \u00e0 organiser un salon du livre singulier. Pas des autrices et des auteurs derri\u00e8re des tables, mais des auteurs et des autrices qui iraient chez les gens.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019image des rencontres qu\u2019elle organise hors les murs, aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 la Casa Fior, chez Fredo. Maryse tenait l\u2019ancien H\u00f4tel de la Paix, une institution, ici. La retraite approchait. Un jour, autour d\u2019un verre, Maryse dit \u00e0 Fredo qu\u2019elle envisage la vente. Autour de 180, 190&nbsp;000 euros. <em>\u00ab&nbsp;Quoi&nbsp;? Mais vends le 200&nbsp;000 euros&nbsp;! \u00bb <\/em>lui sugg\u00e8re Fredo.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous savez quoi&nbsp;? Bah oui, c\u2019est Fredo qui l\u2019a achet\u00e9 200&nbsp;000 euros. Son rire rayonne. Elle s\u2019est install\u00e9e en f\u00e9vrier dernier. Elle s\u2019en fout de l\u2019argent, Fredo. Du moment qu\u2019elle vive. <em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai beaucoup de mal \u00e0 faire payer les gens. C\u2019est le plus dur, pour moi. Des amis barmans me l\u2019ont dit&nbsp;: fais payer, sinon tu t\u2019en sortiras pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/em>Au comptoir, les gens font eux-m\u00eames les comptes. <em>\u00ab&nbsp;Elle nous oblige \u00e0 calculer et \u00e0 se souvenir de ce qu\u2019on a pris&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/em>dit une dame, hilare.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE COMPTOIR DEBIT DE VIE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le prix du caf\u00e9 dit l\u2019endroit o\u00f9 vous vous trouvez. L\u2019expresso co\u00fbte 1,20 euros. L\u2019allong\u00e9 pareil. <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est juste de l\u2019eau qui est rajout\u00e9, non&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em> Le prix du verre d\u2019alcool dit aussi le lieu. Le gin, la vodka, le rhum&nbsp;? 2,50 euros, \u00e0 la Casa Fior.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comptoir est un d\u00e9bit de vie. Fredo voulait \u00eatre routier, jeune. Elle a fait histoire de l\u2019art, au lyc\u00e9e \u00e0 Aire (ici, on ne dit pas Aire-sur-l\u2019Adour, comme si l\u2019Adour s\u2019\u00e9tait absent\u00e9 ; \u00e0 moins qu\u2019il ne circule dans les veines de chacun et chacune ?). Elle a travaill\u00e9 dans la bo\u00eete de platerie familiale. Elle y travaille toujours, d\u2019ailleurs, et enquille ses 30 heures en trois jours&nbsp;: lundi, mardi, mercredi. Le jeudi, le vendredi, le samedi, elle marne au caf\u00e9. La transition s\u2019assure. Bien s\u00fbr que <em>\u00ab&nbsp;c\u2019est difficile \u00bb<\/em>. Mais son sourire et sa bonne humeur diffusent plut\u00f4t une joie de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis c\u2019est si bon, d\u2019apprendre \u00e0 conna\u00eetre les habitudes de Lucien, qui se place l\u00e0, \u00e0 droite au comptoir ; et de Monique, qui se place \u00e0 gauche, \u00e0 8h15 (1), et parcourt les pages de <em>Sud Ouest<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Fredo veut lancer des \u00ab&nbsp;artp\u00e9ros&nbsp;\u00bb. Raconter Soulages, Klimmt, Picasso, Magritte (d\u2019ailleurs tatou\u00e9 sur son bras) aux gens d\u2019ici. Pas de surplomb, pas d\u2019\u00e9litisme, mais de la simplicit\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;Soulages, ce n\u2019est pas seulement du noir. Si c\u2019\u00e9tait si facile, pourquoi y\u2019aurait pas plus de gens \u00e0 peindre du noir&nbsp;?!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re le comptoir, sur l\u2019ancien mur qui exhale encore le torchis de poil de chevaux, l\u2019affiche Stade Toulousain \u2013 Avenir Aturin fait la fiert\u00e9 de Fredo. Le club \u00e9voluait alors dans le championnat de France. <em>\u00ab&nbsp;Il n\u2019y a toujours pas les ann\u00e9es sur les affiches ?&nbsp;\u00bb<\/em> questionne un homme. Wikip\u00e9dia renseigne&nbsp;: c\u2019est peut-\u00eatre bien la saison 1984-1985.<\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, Aturin d\u00e9signe les habitants d\u2019Aire-sur-l\u2019Adour. \u00c7a date de l\u2019\u00e9poque gallo-romaine quand Aire \u00e9tait un axe et un carrefour importants. Aire a dispos\u00e9 de trois gares, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle. La Gare principale du Midi (puis SNCF) reliait Mont-de-Marsan \u00e0 Tarbes&nbsp;; la Gare du C.B. (Cie des Tramways \u00e0 Vapeur de la Chalosse et du B\u00e9arn) Aire \u00e0 Amou&nbsp;; la Gare du P.O.M. (Cie du Chemin de fer Pau-Ol\u00e9ron-Maul\u00e9on) Aire \u00e0 Pau (2).<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a plus de gare, aujourd\u2019hui, \u00e0 Aire. Il n\u2019y en a plus depuis 1970. <em>\u00ab&nbsp;Section de ligne d\u00e9class\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/em>, dit Wikip\u00e9dia. Il y a des lignes de bus pour Mont-de-Marsan, Auch, Tarbes, mais pas pour Pau.<\/p>\n\n\n\n<p>Aire n\u2019est plus un carrefour. La voiture, la grande distribution, ont chang\u00e9 la cartographie de la ville et des villages alentours. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le fille de Fredo, qui a pas mal bourlingu\u00e9&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Si tu es au coll\u00e8ge \u00e0 Saint-Sever, \u00e0 trente kilom\u00e8tres d\u2019ici, tu es oblig\u00e9e de partir, il n\u2019y a pas de lyc\u00e9e. On s\u2019est fait bouffer par \u00ab&nbsp;Montde&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb.<\/em> \u00ab&nbsp;Montde&nbsp;\u00bb, c\u2019est Mont-de-Marsan. C\u2019est le lot de tous les villages autour d\u2019Aire, grande bourgade d\u2019un peu plus de 6&nbsp;000 habitants. Les jeunes partent pour \u00e9tudier, pour travailler. Ils aiment revenir au moment des f\u00eates de villages, cadenc\u00e9es par les pe\u00f1as. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA TETE DECAPITEE ET LA FONTAINE<\/strong><br>La Casa Fior v\u00e9hicule ce pass\u00e9, ce pr\u00e9sent, ces l\u00e9gendes, aussi. L\u2019\u00e9glise Sainte-Quitterie, au c\u0153ur de la cit\u00e9. Quitterie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9e par son pr\u00e9tendant, auquel elle s\u2019\u00e9tait refus\u00e9e. Une fontaine jaillit \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 sa t\u00eate tomba \u00e0 terre. Deux anges, poursuit la l\u00e9gende, lui auraient ensuite demand\u00e9 de prendre sa t\u00eate dans ses mains et de se rendre \u00e0 l\u2019oratoire Saint-Pierre o\u00f9 l\u2019attendait un sarcophage (2).<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, c\u2019est la t\u00eate des paysannes et des paysans qui est mise \u00e0 prix. Fredo s\u2019inqui\u00e8te&nbsp;: la grippe aviaire d\u00e9cime les exploitations. Une fontaine jaillira-t-elle, dans ces exploitations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Aire est toujours un carrefour sur le chemin de Compostelle, pour celles et ceux qui d\u00e9ploient leur corps comme v\u00e9hicule.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas, en revanche, de v\u00e9los en libre-service comme dans les grandes villes. &nbsp;Une dame, crois\u00e9e en arrivant \u00e0 deux roues chez Julie, \u00e0 la librairie, s\u2019appr\u00eatait \u00e0 rentrer chez elle avec son v\u00e9lo \u00e9lectrique, \u00e0 10 kilom\u00e8tres. <em>\u00ab&nbsp;Je mets la batterie en haut de la bosse, pour me relancer&nbsp;<\/em>\u00bb. Elle l\u2019a mettait en bas de la bosse, il n\u2019y a pas si longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre dame, au caf\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;Moi aussi, j\u2019aimerais tant que mes ados aillent au coll\u00e8ge en v\u00e9lo, situ\u00e9 \u00e0 sept kilom\u00e8tres de notre village voisin. Mais c\u2019est trop dangereux&nbsp;! Il n\u2019y a pas de pistes cyclables&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9, sur la route entre Pau et Aire, \u00e0 longer les immenses champs cern\u00e9es d\u2019\u00e9pandage&nbsp;: les voitures d\u00e9baroulent, les bas-c\u00f4t\u00e9s n\u2019existent pas&nbsp;; se laisser aller \u00e0 la fl\u00e2nerie rel\u00e8ve de la douce folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela me fait penser \u00e0 Scott Slovic, \u00e9crivain et professeur en humanit\u00e9s environnementales \u00e0 l\u2019University de l\u2019Idaho&nbsp;: et si nous \u00e9crivions toutes et tous des lettres ouvertes \u00e0 la mairie pour que fleurissent de vraies pistes cyclables&nbsp;(3) ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FLEUR DE CAFE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si Aire n\u2019est plus le carrefour qu\u2019elle fut, la Casa Fior, dans les pas de l\u2019H\u00f4tel de la Paix, en est toujours un.<\/p>\n\n\n\n<p>Je croise un retrait\u00e9 qui a travaill\u00e9 dans la planification alimentaire, pour les Nations Unies, au Sahel&nbsp;; en Ukraine, en Russie, en Cor\u00e9e ; un paysan retrait\u00e9 qui a pass\u00e9 son apr\u00e8s-midi \u00e0 d\u00e9guster des armagnac, et qui raconte, haut en couleurs, le prix du pain, les tonnes de farine, en francs, en euros, \u00e0 se perdre un peu, avouons-le, dans les conversions&nbsp;; un attach\u00e9 parlementaire qui croit en son m\u00e9tier (<em>\u00ab&nbsp;Nous sommes des artisans de la conscience&nbsp;\u00bb<\/em>)&nbsp;; une dame qui a boss\u00e9 deux bonnes d\u00e9cennies au c\u0153ur des <em>\u00ab&nbsp;politiques des quartiers prioritaires de la ville&nbsp;\u00bb<\/em> en r\u00e9gion parisienne, qui a fini par remplir des tableaux Excel, \u00e0 ne pas \u00eatre entendue, loin du terrain, qui s\u2019est <em>\u00ab cass\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/em>, qui participe depuis \u00e0 revitaliser le centre-ville d\u2019Aire, qui trouve du sens \u00e0 s\u2019engager pour la SSA&nbsp;(S\u00e9curit\u00e9 Sociale de l\u2019Alimentation), et qui interroge : <em>\u00ab&nbsp;comment on prend le pouvoir&nbsp;collectivement, au sein d\u2019une entreprise ? Comment on prend collectivement la responsabilit\u00e9 sur notre mode de vie, sur notre production puisque c\u2019est nous qui travaillons&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle demande \u00e0 Fredo si elle peut mettre une affiche de la F\u00eate de la nature. Elle a trouv\u00e9 le naturaliste qui parlera des oiseaux\u2026par le biais de la F\u00e9d\u00e9ration des chasseurs fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie est d\u2019une douce complexit\u00e9. Bien s\u00fbr que Fredo peut.<\/p>\n\n\n\n<p>Je croise une autre dame. Elle \u00e9tait partie en vacances 10 jours \u00e0 Barcelone, avant les ann\u00e9es 2000. Elle y rest\u00e9e 15 ans. La vie l\u2019a ensuite emmen\u00e9e au Chili. Quand elle est revenue \u00e0 Barcelone, elle n\u2019a pas reconnu la m\u00e9galopole. Le petit port de plaisance&nbsp;? Des yachts \u00e9normes, dit-elle. Les boutiques locales&nbsp;? Des marchands de souvenirs sans \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un grand Dysneyland&nbsp;\u00bb<\/em>. Elle a d\u00fb faire \u00e0 peu pr\u00e8s tous les m\u00e9tiers possibles et imaginables. Elle est aujourd\u2019hui AED, ici. \u00c7a veut dire assistante d&#8217;\u00e9ducation. \u00c7a veut dire pionne, en vrai. Pourquoi les mots sont-ils d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur sens&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas \u00e0 Disneyland, l\u00e0, mais \u00e0 la Casa Fior \u2013 Fredo avait pens\u00e9 \u00e0 le nommer Caf\u00e9 de Fior, <em>\u00ab&nbsp;mais pas s\u00fbr que les gens ici aient la r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;\u00bb<\/em>, se marre-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Aire et j\u2019avais l\u2019impression de reprendre mon immersion au Royaume-Uni, plus d\u2019un an et demi apr\u00e8s l\u2019avoir quitt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>A peine le temps de s\u2019attacher \u00e0 un lieu et aux gens qu\u2019il faut d\u00e9j\u00e0 partir. Sur la route du retour, le v\u00e9lo m\u00e9lancolique lit les noms des villages. Geaune, Segos, Riscle. Je les ai entendus au caf\u00e9 pendant des heures. Ils ont des visages, d\u00e9sormais. J\u2019ai envie de m\u2019y arr\u00eater, de me plonger dans leur histoire, dans leur pr\u00e9sent, dans leur gens.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9co anxiet\u00e9 se dissipe dans l\u2019action quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Pr\u00e9noms invent\u00e9s&nbsp;: le carnet n\u2019a pas eu le temps de tout consigner<\/p>\n\n\n\n<p>(2) Source : &#8221; Les petits trains de Jadis &#8220;, tome 7, Sud-Ouest de la France par Henri Domengie<\/p>\n\n\n\n<p>(3) <a href=\"https:\/\/www.lepelerin.com\/chemins-pelerinages\/les-etapes\/aire-sur-l-adour-landes-4101\">https:\/\/www.lepelerin.com\/chemins-pelerinages\/les-etapes\/aire-sur-l-adour-landes-4101<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>(4) <a href=\"https:\/\/www.ecrirelanature.com\/en\/actualites\/scott-slovic-l-engagement-par-le-poids-de-la-plume\">https:\/\/www.ecrirelanature.com\/en\/actualites\/scott-slovic-l-engagement-par-le-poids-de-la-plume<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/de-la-terre-a-l-assiette-9782491609153.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Pour commander<em> De la terre \u00e0 l&#8217;assiette &#8211; r\u00e9ponses aux menaces sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire<\/em> (Impacts Editions), c&#8217;est ICI !<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong><em>Calendrier et comptes rendus des rencontres pass\u00e9es et \u00e0 venir :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 28 avril :<\/strong> Club de la Presse de Bordeaux (33) &#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/04\/29\/carnets-de-rencontres-en-librairie-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu&nbsp;#1<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 29 avril :&nbsp;<\/strong>Librairie La Curieuse, Arudy (64) &#8211;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/cest-juste-rencontre-2-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">&nbsp;carnet compte rendu #2<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 30 avril :&nbsp;<\/strong>Librairie le 5e art, Saint-Jean-de-Luz (64) &#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/le-vivant-rose-rencontre-3-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu #3<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 11 mai :&nbsp;<\/strong>Librairie caf\u00e9 Menta, Oss\u00e8s (64)&nbsp;&#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/les-dits-laime-rencontre-4-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu #4<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimanche 15 mai :&nbsp;<\/strong>Festival Livre Sans Fronti\u00e8re \u00e0 Oloron Sainte-Marie (64)&nbsp;&#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/a-quoi-je-sers-rencontre-5-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu #5<\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/04\/29\/carnets-de-rencontres-en-librairie-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 19 mai :&nbsp;<\/strong>ap\u00e9ro litt\u00e9raire Librairie La R\u00eaverie Aire-sur-l&#8217;Adour (64)&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/fleur-de-cafe-rencontre-5-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu #6<\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/04\/29\/carnets-de-rencontres-en-librairie-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercredi 24 mai :&nbsp;<\/strong>Librairie L&#8217;Escampette, Pau (64) &#8211;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/le-livre-tapis-roulant-rencontre-7-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu&nbsp;#7<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 1er juin :&nbsp;<\/strong>Librairie Tandem, Maul\u00e9on (64) &#8211;&nbsp;&nbsp;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/librairies-semis-rencontre-8-de-la-terre-a-lassiette-impacts-editions\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">carnet compte rendu&nbsp;#8<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 16 juin :&nbsp;<\/strong>Amap Bernadets (64) &#8211;<a href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2023\/06\/28\/la-joie-du-silence-rencontre-9-de-la-terre-a-lassiette\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">&nbsp;carnet compte rendu&nbsp;#9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 17 juin :<\/strong>&nbsp;Festival Le r\u00e9veil des carottes, Oloron Sainte-Marie (64) <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 22 juin :&nbsp;<\/strong>chez le producteur Pietometi, Ogeu-les-Bains (avec la librairie La Curieuse, Arudy) (64) <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 24 juin :&nbsp;<\/strong>Librairie La Grande Illusion, Hendaye (64)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 29 juin :&nbsp;<\/strong>Cafe Au Pais, avec la librairie Chez Gustave, Morla\u00e0s (64)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimanche 2 juillet, 13h30 :&nbsp;<\/strong>Festival AgiTaterre, Lahage (31)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 16 juillet, 17 h :<\/strong>&nbsp;Festival international de Journalisme, Couthures-sur-Garonne (33)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercredi 13 septembre&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Cueillette de l\u2019Aragnon, Montardon (64)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 14 septembre :&nbsp;<\/strong>Librairie-boutique Chez Margot, Cambo-les-Bains (64)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 16 septembre :&nbsp;<\/strong>Espace Culturel Leclerc, Niort (79)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lundi 18 septembre<\/strong>&nbsp;: Gaztetxe (maison des jeunes), Ascain (64)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 22 septembre, 19 heures :<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong>Librairie Page et Plumes, Limoges (87)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 13 octobre, 18 heures :&nbsp;<\/strong>Librairie Georges, Talence (33)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 27 octobre :<\/strong>&nbsp;La coul\u00e9e douce, MJC Berlioz, Pau (64)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 28 octobre :<\/strong>&nbsp;La chouette qui lit, Marciac (32)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeudi 2 novembre, 19 heures :<\/strong>&nbsp;Caf\u00e9 Climat \u00e0 Aquiu, Pau (64)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#RENCONTRE6, Aire-sur-l\u2019Adour, Casa Fior avec la Librairie La R\u00eaverie,&nbsp;vendredi 19 mai. Julie est devenue \u00e9co-anxieuse il y a deux, trois ans. C\u2019\u00e9tait presque ses premiers mots, quand j\u2019ai franchi le seuil de sa librairie, une heure avant la rencontre. Une grosse heure plus tard, c\u2019est ainsi qu\u2019elle a l\u2019a d\u00e9but\u00e9e, \u00e0 demi-assise sur un tabouret, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[145,4],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2861"}],"collection":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2861"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2861\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2958,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2861\/revisions\/2958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2861"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}