{"id":916,"date":"2018-09-14T10:24:48","date_gmt":"2018-09-14T08:24:48","guid":{"rendered":"http:\/\/quentinguillon.com\/?p=916"},"modified":"2023-06-28T10:56:59","modified_gmt":"2023-06-28T08:56:59","slug":"comment-jai-fini-a-larrache-mon-premier-marathon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2018\/09\/14\/comment-jai-fini-a-larrache-mon-premier-marathon\/","title":{"rendered":"Comment j\u2019ai fini, \u00e0 l\u2019arrach\u00e9, mon premier marathon"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il y a presque (d\u00e9j\u00e0) une semaine, je prenais part \u00e0 mon premier marathon, le si singulier M\u00e9doc (au Nord de Bordeaux), connu pour \u00eatre le plus long du monde, par-del\u00e0 ses multiples stands de d\u00e9gustation. Boire et courir\u00a0? Courir et boire\u00a0? Courir, et boire ensuite\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><em>&#8220;Si tu veux courir, cours un kilom\u00e8tre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon&#8221;<\/em> avait affirm\u00e9 la locomotive tch\u00e8que, Emil Zatopek.<\/p>\n<p>Le M\u00e9doc, d\u00e9j\u00e0 en tant que journaliste, est une <strong>\u00e9preuve \u00e0 part<\/strong>, <span style=\"color: #ebb177;\"><a style=\"color: #ebb177;\" href=\"http:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/2016\/12\/01\/marathon-panne-pourquoi-les-france-de-marathon-ninteressent-personne\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">comme j\u2019avais eu l\u2019occasion <\/a><\/span>de le relater. En tant que coureur, c\u2019est, effectivement, vraiment autre chose.<\/p>\n<p>Pas de possibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9chauffer en amont de la ligne de d\u00e9part, comme il est de coutume sur toutes les autres courses. A quarante-cinq minutes du coup d&#8217;envoi, il faut donc d\u00e9j\u00e0 se frayer un passage pour rallier celle-ci. On y c\u00f4toie, pile sur la ligne,\u00a0 des coureurs aux <strong>accoutrements les plus loufoques<\/strong>. L\u2019atmosph\u00e8re est saisissante. Les \u00e9quipes d\u00e9guis\u00e9es d\u00e9filent devant le speaker, puis des acrobates, perch\u00e9s sur une grue, lancent le compte \u00e0 rebours. Pas de tension sur les visages, barr\u00e9s par uniquement des sourires.<\/p>\n<p>Sur n\u2019importe quelle autre course, partir \u00e0 froid m\u2019aurait fait bouillir la marmite. Apr\u00e8s les moult p\u00e9rip\u00e9ties du dernier mois de pr\u00e9paration (lire ci-contre), et une nouvelle chute deux jours avant sur les rails de tram glissants \u00e0 Bordeaux, on n\u2019est plus \u00e0 \u00e7a pr\u00e8s\u2026.<\/p>\n<figure id=\"attachment_917\" aria-describedby=\"caption-attachment-917\" style=\"width: 701px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-917 size-large\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-701x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"701\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-701x1024.jpg 701w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-205x300.jpg 205w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-768x1122.jpg 768w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc.jpg 1011w\" sizes=\"(max-width: 701px) 100vw, 701px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-917\" class=\"wp-caption-text\"><em>Article paru dans le journal Sud Ouest, le samedi 8 septembre, jour du marathon<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>10, 9, 8, les coureurs au diapason entonnent le d\u00e9compte. On s\u2019\u00e9lance \u00e0 18 \u00e0 l\u2019heure, voire plus de 19 dans les plats descendants, sous l\u2019impulsion du vainqueur 2016 Freddy Guimard.<\/p>\n<p>La veille, j\u2019avais couru pour la deuxi\u00e8me fois en douze jours (en tentant de compenser par du v\u00e9lo et de l&#8217;elliptique) : 25\u2019 en footing puis 5\u2019 \u00e0 18, o\u00f9 les sensations \u00e9taient affreuses.<\/p>\n<p><strong>\u00e7a va un peu vite, non ?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le surmoi s&#8217;affole : \u00e7a va un peu vite, non\u00a0? La pens\u00e9e est vite chass\u00e9e\u00a0: les jambes ont l\u2019air de r\u00e9pondre ; je mise sur la fra\u00eecheur, sur la joie d\u2019\u00eatre au d\u00e9part apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 certain, dix jours plus t\u00f4t, que ce M\u00e9doc 2018 se ferait sur la moto, carnet et stylo \u00e0 la main pour <em>Sud Ouest<\/em>, plut\u00f4t qu\u2019en d\u00e9bardeur Lynch-Bages. Et puis on se laisse griser et par l\u2019ambiance de ce chaleureux public, et par la sensation de \u2013relative- facilit\u00e9 (mieux vaut cela que le contraire !)<\/p>\n<p>Le tenant du titre Thierry Guibault a la bonne id\u00e9e de laisser filer le trio Guimard-Mayaud-Dupouy aux confins du 5<sup>e<\/sup>. Je me cale dans sa foul\u00e9e, au moment o\u00f9 <strong>le mollet droit commence \u00e0 siffler<\/strong>. Compensation inconsciente due \u00e0 la tendinite \u00e0 gauche. Encore 37 bornes, le doute s\u2019instille d\u00e9j\u00e0, \u00e0 petites doses.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, il fait aussi chaud. J\u2019anticipe en buvant abondamment les ravitos pr\u00e9par\u00e9s\u00a0et tendus par les frangins qui me suivent sur le parcours \u00e0 v\u00e9lo : eau, sirop agave, un peu de magn\u00e9sium, pinc\u00e9e de sel.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de Thierry, \u00e0 17\/18 \u00e0 l\u2019heure, je sens <strong>l&#8217;all\u00e8gre souffle de ma respiration<\/strong>. Je tends l\u2019oreille\u00a0: lui ne semble pas respirer. Surr\u00e9gime, m\u00eame si j&#8217;ai l&#8217;habitude de respirer fort ?<\/p>\n<p><strong>Le doute ne s\u2019instille plus\u00a0; il s\u2019est install\u00e9<\/strong><strong>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Je le laisse gentiment filer, vers le 10 kilom\u00e8tre, pr\u00e9f\u00e9rant maintenir une allure r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 17. Seul, j\u2019ai l\u2019impression de sentir la tendinite se r\u00e9veiller.<\/p>\n<p>Il reste plus de trente bornes, et si j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mal, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019ultime sortie longue o\u00f9 j\u2019avais fini en boitant, la suite s\u2019annonce sous les meilleurs auspices !<\/p>\n<p>Le doute ne s\u2019instille plus\u00a0; il s\u2019est install\u00e9, bien capitonn\u00e9 dans un coin du cerveau. Si le coin devient une pi\u00e8ce, \u00e7a risque de devenir probl\u00e9matique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-913 size-full\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-1.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"427\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-1.jpg 640w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/M\u00e9doc-1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p>Heureusement, les pens\u00e9es parasites qui s\u2019amoncellent sont vite r\u00e9prim\u00e9es par l\u2019<strong>affectueux soutien du public<\/strong>, sur cette premi\u00e8re partie du parcours tr\u00e8s agr\u00e9able. On tape dans les mains des gamins, on remercie les gens qui vous encouragent g\u00e9n\u00e9reusement (non pas que ma notori\u00e9t\u00e9 soit \u00e0 son acm\u00e9 dans le M\u00e9doc \u2013 simplement, le pr\u00e9nom est marqu\u00e9 sur chaque dossard\u2026).<\/p>\n<p>Et les kilom\u00e8tres d\u00e9filent, ponctu\u00e9es d&#8217;incessants arrosages, selon un sch\u00e9ma immuable : casquette retir\u00e9e, copieusement asperg\u00e9e d&#8217;eau pour rafra\u00eechir les neurones, tout en s\u2019abreuvant les jambes, histoire de d\u00e9contracter le mollet.<\/p>\n<p><strong>Les Dieux du marathon convoqu\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Semi-marathon\u00a0: Thierry est toujours en point de mire. 1h13\u2019 et quelques. Plus de 17 de moyenne. Une pens\u00e9e vole\u00a0: 1h17 pour faire 2h30\u2019, soit 16 \u00e0 l\u2019heure pour le deuxi\u00e8me semi, je reprends confiance.<\/p>\n<p>Mais je ne vois pas si loin\u00a0: le cerveau vise des objectifs interm\u00e9diaires. Je me projette, en gros, tous les 5 kilom\u00e8tres, en esp\u00e9rant que la douleur au mollet, qui s\u2019est soudainement mise en sourdine, ne r\u00e9apparaisse pas ; en sommant le pied de tenir\u00a0; \u00a0en implorant les Dieux du marathon qu&#8217;un nouvel avatar ne vienne pas s&#8217;intercaler dans mes chaussures d\u00e9j\u00e0 bien amoch\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>23<sup>e<\/sup> km. <strong>Premier temps faible<\/strong>. Mon p\u00e8re, derri\u00e8re en v\u00e9lo, multiplie les encouragements. Je sens la fatigue. La caboche boue. Besoin d\u2019\u00eatre seul dans mon effort. Je lui demande de rester en retrait. Je me suis adouci. Il n&#8217;y a pas si longtemps, le d\u00e9licat \u00ab ta gueule\u00a0\u00bb aurait fus\u00e9 (demandez \u00e0 mes fr\u00e8res&#8230;).<\/p>\n<p>Ne pas s\u2019affoler. Mais \u00e7a revient vers le 25<sup>e<\/sup>. Je maintiens une allure de 16,5 environ, selon les circonvolutions du parcours.<\/p>\n<p><strong>Le sentiment d\u2019un vertige<\/strong><\/p>\n<p>Le trac\u00e9 commence justement \u00e0 se tordre dans tous les sens. La mont\u00e9e du Cos fait mal, comme au rep\u00e9rage, mais je zyeute bri\u00e8vement en haut sur la montre\u00a0: 16 \u00e0 l\u2019heure, et si la pente est plus douce, \u00e7a grimpe encore. Rassur\u00e9.<\/p>\n<p>Autour du 26<sup>e<\/sup>. A 16 de moyenne, je songe qu\u2019il me reste encore une heure de course. Sentiment de vertige. Vite se reconcentrer <strong>sur l\u2019instant pr\u00e9sent, se focaliser sur le souffle<\/strong>. Je sais que les dix kilom\u00e8tres qui arrivent sont les plus \u00e2pres, comme une bonne quille qui n\u00e9cessite de l&#8217;exp\u00e9rience pour l&#8217;appr\u00e9cier : mont\u00e9es et descentes incessantes sur un sol instable, au milieu des vignobles m\u00e9docains.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-915 size-large\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41089602_10212019640519037_889140895507546112_o-681x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"681\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41089602_10212019640519037_889140895507546112_o-681x1024.jpg 681w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41089602_10212019640519037_889140895507546112_o-200x300.jpg 200w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41089602_10212019640519037_889140895507546112_o-768x1155.jpg 768w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41089602_10212019640519037_889140895507546112_o.jpg 1362w\" sizes=\"(max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><\/p>\n<p>30<sup>e<\/sup>\u00a0: une minute d\u2019avance sur 2h30\u2019. Ah ah, <span style=\"color: #ebb177;\"><a style=\"color: #ebb177;\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/photo.php?fbid=10216270275648076&amp;set=a.10207972129079598&amp;type=3&amp;theater\">celles et ceux qui avaient pronostiqu\u00e9<\/a><\/span> 2h40\u2019 et plus sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque\u00a0!<\/p>\n<p>Sauf que la foul\u00e9e devient plus heurt\u00e9e, moins fluide. J\u2019ai chaud. Le pied semble br\u00fbler de plus en plus, et le parcours n\u2019offre plus aucun r\u00e9pit. Mais bon, disons \u00e0 15 de moyenne, et en relan\u00e7ant sur la derni\u00e8re ligne droite de 6\/7 bornes, je devrais m\u2019en sortir.<\/p>\n<p><strong>Pilotage automatique<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9sormais, le frangin se prend des vents \u00e0 chaque bidon tendu. Si seulement je pouvais avoir un bidon coll\u00e9&#8230; (pour les n\u00e9ophytes, <span style=\"color: #ebb177;\"><a style=\"color: #ebb177;\" href=\"https:\/\/www.ouest-france.fr\/leditiondusoir\/data\/958\/reader\/reader.html#!preferred\/1\/package\/958\/pub\/959\/page\/15\">c\u2019est par l\u00e0<\/a><\/span>). L\u2019estomac est gonfl\u00e9, le go\u00fbt du liquide m\u2019\u00e9c\u0153ure. Je crois que j\u2019ai trop bu en d\u00e9but de parcours. J\u2019en suis s\u00fbr, m\u00eame. J\u2019h\u00e9site m\u00eame \u00e0 boire de l\u2019eau, car je sens que plus grand-chose ne passe.<\/p>\n<p>Je ne r\u00e9ponds plus aux encouragements. Le pilotage automatique se met en branle. Je ne compte plus en tranches de cinq bornes, mais je regarde au loin chaque panneau kilom\u00e9trique qui peut me rapprocher de l\u2019arriv\u00e9e. <strong>Je saucissonne chaque kilom\u00e8tre<\/strong>.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me concurrent de Brane-Cantenac me double. Encouragements. Mais je suis incapable de prendre sa foul\u00e9e. A dire vrai, je n\u2019en ai pas envie. Mon pied prend des d\u00e9charges sur les maudits cailloux qui pars\u00e8ment le domaine Ph\u00e9lan S\u00e9gur (m\u00eame pas envie de tremper mes l\u00e8vres dans le suave vin que produit la maison).<\/p>\n<p>J\u2019ai mal aux c\u00f4t\u00e9s cass\u00e9es, aux adducteurs, aux mollets. Je r\u00eave d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Mal de cr\u00e2ne. D\u00e9sormais, je suis plant\u00e9 dans la moindre mont\u00e9e sur ces chemins cahoteux.<\/p>\n<p><strong>Proche de la casse moteur<\/strong><\/p>\n<p>37e. On quitte par le long chemin en faux plat descendant le ch\u00e2teau Montrose. Le frangin s\u2019\u00e9vertue \u00e0 relancer un moteur dont la surchauffe est proche. La casse, plut\u00f4t.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Allez, \u00e7a repart l\u00e0\u00a0\u00bb<\/em>. Oui, je repasse miraculeusement les 15 \u00e0 l\u2019heure. Pour mieux ralentir 50 m\u00e8tres plus loin. On reprend le macadam qui longe l\u2019estuaire.<\/p>\n<p>Retour \u00e0 Pauillac, sise \u00e0 6 bornes. A 25 minutes. C\u2019est quoi, 25 minutes, bordel\u00a0? Je ne devrais pas mais <strong>je zyeute le GPS<\/strong>. 13,8. Puis 13,5. Puis 13,2.<\/p>\n<figure id=\"attachment_920\" aria-describedby=\"caption-attachment-920\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-920 size-medium\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o-300x300.jpg 300w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o-150x150.jpg 150w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o-768x768.jpg 768w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41384867_10216291802946245_7049019210889953280_o.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-920\" class=\"wp-caption-text\">Podium par \u00e9quipes avec le ch\u00e2teau Lynch-Bages<\/figcaption><\/figure>\n<p>Putain, je n\u2019avance plus. Les muscles <strong>\u00e0 cor et \u00e0 cri<\/strong>, le cri du corps r\u00e9v\u00e8le sa furieuse douleur. Son impitoyable volont\u00e9 de marcher. Et de vomir, aussi. Mais bon, c\u2019est math\u00e9matique\u00a0: si je marche, je retarde l\u2019arriv\u00e9e, et la d\u00e9livrance aff\u00e9rente. Non, je retarde la d\u00e9livrance, et accessoirement, l\u2019arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019ami Nico Jirot me d\u00e9passe. Ce n&#8217;est pas le mur que je prends, c&#8217;est une forteresse. J\u2019ai la sensation de pouvoir \u00eatre en mesure de le suivre. Mais, mentalement, je suis vide. Ass\u00e9ch\u00e9 par les incessants questionnements des trois semaines pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0: fracture de fatigue\u00a0? Pas fracture de fatigue\u00a0? Vais-je pouvoir courir\u00a0? Le thermom\u00e8tre de douleur oscillait constamment\u00a0: tiens, ce midi, j\u2019ai moins mal\u00a0; trente minutes plus tard, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;inverse.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi s&#8217;infliger cette douleur?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Deux semaines avant la course, le moral sens dessus dessous, j\u2019aurais donn\u00e9 cher pour me retrouver sur cette ultime ligne droite.<\/p>\n<p>Maintenant que j\u2019ai l\u2019heur d\u2019y \u00eatre, je me demande <strong>ce que diable je fous l\u00e0<\/strong>. C\u2019est dingue ce que l\u2019esprit humain est capable de m\u00e9disance. Pourquoi s\u2019infliger cette douleur\u00a0? J\u2019ai envie de me t\u00e9l\u00e9porter cinq kilom\u00e8tres plus loin.<\/p>\n<p>38<sup>e<\/sup>. A ce rythme, d\u00e9sormais, encore vingt minutes. Interminable.<\/p>\n<figure id=\"attachment_921\" aria-describedby=\"caption-attachment-921\" style=\"width: 225px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-921 size-medium\" src=\"http:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41351748_10216291798746140_1997725968113860608_o-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41351748_10216291798746140_1997725968113860608_o-225x300.jpg 225w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41351748_10216291798746140_1997725968113860608_o-768x1024.jpg 768w, https:\/\/quentinguillon.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/41351748_10216291798746140_1997725968113860608_o.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-921\" class=\"wp-caption-text\">Recru de fatigue avec l&#8217;ami Yannick Dupouy !<\/figcaption><\/figure>\n<p>D\u2019habitude, je me concentre sur le moindre panneau 300 m\u00e8tres plus loin, puis une fois celui-ci atteint, sur l\u2019arbre situ\u00e9 deux cent m\u00e8tres apr\u00e8s. Et l\u2019\u00e9puisement, un moment, s\u2019\u00e9vanouit.<\/p>\n<p>Mais ces habituelles pens\u00e9es parades\u00a0auxquelles on se cramponne comme le funambule qui cherche son \u00e9quilibre sur son fil ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la fatigue et \u00e0 l&#8217;immense envie d\u2019en terminer. Et le champ de vision de l\u2019insigne se mue plut\u00f4t en chant du cygne.<\/p>\n<p><strong>Je suis comme ces \u00e9chassiers qui marchent de guingois<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est dingue comme la perception du temps est diff\u00e9rente selon les moments. En course, comme dans la vie.<\/p>\n<p>L\u00e0, je regrette aussi ce premier semi trop rapide\u2026Je suis un automate. J\u2019ai des frissons. C\u2019est comme si j\u2019\u00e9crivais un (mauvais) papier avec mes orteils. Ou avec un stylo sans encre. Dans le vide, quoi.<\/p>\n<p>Je prends, presque machinalement, une p\u00e2te de fruit. Je ne sais m\u00eame pas pourquoi. Mais, si, un peu de sucre pour repartir de l\u2019avant. T\u2019as raison, \u00e7a troue le ventre plus qu\u2019autre chose.<\/p>\n<p>41<sup>e<\/sup> km. On n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi proche\u00a0! Sauf qu\u2019on est sur le M\u00e9doc. Et ce dernier kilom\u00e8tre, mal plac\u00e9, fait plut\u00f4t 1,5 km. Mais c\u2019est, aussi, tout ce qui fait<strong> le sel de ce marathon<\/strong>.<\/p>\n<p>J\u2019aper\u00e7ois le virage au bout de la ligne droite. Puis l\u2019arche d\u2019arriv\u00e9e. Toute mon \u00e9chine est parcourue d\u2019un formidable soulagement, m\u00eal\u00e9e \u00e0 une joie profonde. Il n&#8217;est plus question de place et de temps (9e en 2h39&#8217;26&#8221;).<\/p>\n<p>Je suis comme ces \u00e9chassiers qui marchent de guingois. Je me dis, sur le coup, plus jamais \u00e7a.<\/p>\n<p>Quelques heures apr\u00e8s, dans la foul\u00e9e d&#8217;un plantureux ravitaillement (\u0153nologique s\u2019entend), je me dis, vivement le prochain\u2026<\/p>\n<p>Le professeur Emil n&#8217;est pas loin d&#8217;avoir raison, quand m\u00eame\u00a0: si le marathon \u00e9l\u00e8ve la connaissance de soi, je n\u2019en demeure pas moins un \u00e9l\u00e8ve profane du marathon.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ebb667;\"><a style=\"color: #ebb667;\" href=\"http:\/\/www.runningmag-aquitaine.fr\/8564\/marathon-du-medoc.html\">Photos :<\/a><\/span> R\u00e9my J\u00e9gard, Bernard Ballanger.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a presque (d\u00e9j\u00e0) une semaine, je prenais part \u00e0 mon premier marathon, le si singulier M\u00e9doc (au Nord de Bordeaux), connu pour \u00eatre le plus long du monde, par-del\u00e0 ses multiples stands de d\u00e9gustation. Boire et courir\u00a0? Courir et boire\u00a0? Courir, et boire ensuite\u00a0! &#8220;Si tu veux courir, cours un kilom\u00e8tre. Si tu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1020,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[71,135,76],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/916"}],"collection":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=916"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/916\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1021,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/916\/revisions\/1021"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentinguillon.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}