Marathon du Médoc : ça ressemble à ça
Marathon du Médoc : ça ressemble à ça
Photo Joan Baney

Samedi 7 septembre, quatrième marathon ; deuxième Médoc. 2e en 2h29’08’’. Ça ressemble à ça, le Médoc.

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Se faufiler vers la ligne de départ, déjà bondée, les entrailles tendues, les ailes de Batman accrochées au short, entre deux Chinois aux ébouriffantes perruques, un Power rangers vert pétaradant, deux gonzes à moitié à poil. Pas de stress, pour eux.

On se demandera, peut-être, le pourquoi du comment, dans quelques années, en regardant ces photos jaunies de ces types affublés de déguisements foutraques.

Photo Laurent Theillet Sud Ouest

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Silhouette gracile qui fraye au milieu des vignes,

Qui tape dans les mains des gamins,

Qui, facétieux, vanne deux ou trois connaissances sur le parcours,

Qui embrasse le chatoyant paysage, ce soleil qui s’élève, petit à petit, et caresse des yeux déjà lourds, un visage déjà brûlant, une cervelle qui bouillonne, déjà.

Photo Rémy Jégard

Ça ressemble à ça, le Médoc.

S’abstraire des pensées négatives qui tournoient comme le vent annonçant la tempête charrie ses lourds nuages menaçants.

Faire valdinguer les bouteilles (d’eau, pour l’instant) pour ralentir la surchauffe intégrale.

Avancer, inlassablement.

Vers quoi ? Vers qui ? Pourquoi ? Considérations métaphysiques, pour plus tard.

Un œil sur le chrono, à chaque portion de 5 km. Plus rapide que prévu. 1h12’40’’ au semi-marathon.

Le corps crépite, à l’intérieur, quand bien même un rouge médocain est dépourvu de bulles.

Le bouchon de la bouteille risque de dégoupiller pour déverser une rivière rouge sang de douleurs. Souvenirs furtifs de l’année précédente.

Photo Rémy Jégard

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Prendre des risques. S’exposer. Ne pas penser. Vivre l’instant. Le goûter. Du bout des lèvres. Du bout du short. Du bout des chaussures.

Embrasser le moment. S’enivrer de la Tour d’Aspic, des chais, des vignobles, des propriétés, des mains tendues, des encouragements, des sourires qui jalonnent le parcours.

 

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Se recentrer sur la course. Lorsque l’intensité de l’effort s’accroît du fait d’un parcours scabreux, qui engorge les muscles d’acidité.

La tentation, parfois, de s’arrêter dans un château au lieu d’en raser les murs.

Humer l’ambiance,

Humer l’ombre,

Humer les arômes.

Les muscles, eux, titubent déjà.

Voilà deux heures qu’ils enquillent des verres, chocs au sol martelés tel le marteau piqueur enfiévré.

Photo Rémy Jégard

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Une deuxième partie de parcours démoniaque.

La descente vers Mouton Rothschild (26e km), puis la montée du Cos d’Estournel, qui soulève son lot superfétatoire de casse musculaire.

Des chemins en dévers, des cailloux dans les châteaux.

Restez éveillé, suivre le bout de rubalise qui traîne et dévide le tracé.

Les muscles sont saouls, maintenant.

Un verre de rouge, puis un verre d’eau, paraît-il, pour éviter le mal de crâne.

Un kilomètre, une bouteille d’eau, désormais, pour éviter de se retrouver en carafe.

Photo Rémy Jégard

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Passé le Montrose (37e km), une ligne droite asphaltée le long de la Garonne.

Interminable, comme tous les ans.

Kilomètre après kilomètre, se remettre à 17 à l’heure.

38, 39, 40. Mais où est le 41 ? Où est-il ? OU EST-IL ?

Guetter les panneaux comme l’apprenti poisson se cramponne la perche du maître-nageur.

La tête sous l’eau, quêter les quelques bulles d’oxygène restantes pour alimenter un corps proche de l’asthénie.

 

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Lever les yeux, voir tournoyer l’hélico, si près désormais.

Enfiler derechef la cape de super héros, comme pour retrouver quelques ailes abandonnées dans le murmure de la fine brise qui s’y engouffre et balaie une sourde douleur.

Illusions.

Photo Laurent Theillet Sud Ouest

Ça ressemble à ça, le Médoc.

La ligne d’arrivée.

La bise à Hubert, le démiurge de cette épreuve hors normes.

Goûter, savourer ces instants précieux, éphémères, qui effacent toutes les frustrations, tous les doutes, toutes les claques.

Caisse de vins.

Exquis coucher de soleil, rougeoyant,

Comme le cœur et les entrailles toujours enivrés, les jours suivants, bercés d’une douce euphorie.

Ça ressemble à ça, le Médoc.

Ça ressemble à ça, et à rien d’autre.

Ça ressemble à ça, et on y retournera.

Photo Rémy Jegard

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