GR10, étape 2 : On peut se parler entre êtres humains !
GR10, étape 2 : On peut se parler entre êtres humains !
Petit Vignemale

Avec le frangin, nous avons début septembre parcouru le GR10 sur 115 kilomètres, entre Cauterets et Saint-Lary Soulan. Quatre jours et demi hors du temps.

Le silence de la montagne. Le bruit des ruisseaux. Le tumulte des cascades. La concentration extrême lors de l’ascension du Petit Vignemale. La beauté d’un lever du soleil au col de l’Estoudou. La majesté des paysages. La puissance de la nature sur l’être humain. Le corps qui grince. Le corps qui hurle. Le corps qui s’adapte. Le partage le soir au refuge.

Récit de l’étape 2, lundi 10 septembre, entre le refuge des Oulettes et le gîte de Saugué. 8h45’, 26,7 km. 1 545 D+ ; 2 035 D-.

Dès potron-minet, à la lueur des étoiles qui éclairent le ciel pyrénéen, on s’ébroue par-delà le glacier des Oulettes.

En contrebas, d’imposant nuages surplombent le lac de Gaube.

En haut, lorsque les yeux se déplient des pieds au ciel, émergent la Hourquette d’Ossoue, point culminant du GR10, et la chaîne des Pyrénées. Sensation de plénitude, en pleine conscience de l’effort physique.

Les nuages qui surplombent le lac de Gaube se lèvent progressivement

Au sommet de la Hourquette, on quitte sur la droite, provisoirement, le GR10 vers les parois abruptes du Petit Vignemale. Un pic qui s’élève 3 030 mètres de dénivelé. Vertigineux. Je me demande comment je vais bien pouvoir faire pour redescendre ensuite. Ascension aisée, qu’ils disaient sur le topoguide…On marche avec les pieds ? On marche aussi avec les mains, parfois, pour déjouer la pente. Pour dompter le vertige qui peut sourdre en regardant derrière soi, ou,à droite, sur le versant des Oulettes, matérialisée par la large croupe à pic.

Henry Russel avait loué le sommet pour 95 ans

Sommet. Majesté. En ce lundi matin (mais faire défiler les grains qui composent le chapelet de la litanie jours a-t-il encore un sens ?), le ciel pyrénéen se mue en un théâtre d’ombres et de lumières. Le soleil, qui se lève tout juste à l’Est, projette ses rayons sur les sommets les plus hauts. Le haut du Pic des Ouletiers, à l’Ouest, flamboie, contrairement à la majorité du reste du massif, encore plongé dans les ténèbres.

Derrière, au loin, de petites figurines s’activent, piolets en bandoulière, à l’assaut de l’aîné du Vignemale.

Puissance de la nature : les contingences de la vie urbaine et ses incantatoires obligations semblent tellement éloignées des réalités vraies.

Le ciel pyrénéen se mue en un théâtre d’ombres et de lumières

Henry Russel avait tout compris. Ce facétieux irlandais, amoureux des Pyrénées, avait loué le sommet pour une durée de 95 ans…

Finalement, la descente, bien que bordée de multiples chausse-trappes, est moins périlleuse que redoutée. Comme sur un enchaînement de cols à vélo, le retour sur un terrain plat, mal plat plutôt diraient les cyclistes, entre la Hourquette d’Ossoue et le refuge de Baysellance, fait (très) mal aux jambes. Comme sur le marathon du Médoc, la transition entre montée sèche et descente abrupte oblige les muscles à jouer les accordéonistes.

La descente depuis les grottes de Bellevue est scabreuse, tout comme le passage sur le névé au niveau de la gorge profonde dite « Barranco d’Ossoue ». Muscles crispés, sens en alerte. Eviter de glisser pour aller se fracasser le crâne dans le gave cinquante mètres plus bas…

Pique-nique en forme de grâce au barrage d’Ossoue, sis à 1 800 m d’altitude. A l’Ouest, vue imprenable sur le Vignemale. Deux heures plus tôt, nous étions au sommet. Pensée vertige.

Dix minutes de bains très froids, mais ô combien rafraîchissants dans l’eau du barrage.

Barrage d’Ossoué, baigné par le soleil et couvé par le Vignemale

Le redémarrage se fait en pilotage automatique. Pas après pas, en communion au milieu des éléments. Se sentir vivant. En apesanteur, parfois.

Soudain, la bouche sèche nous réveille de notre demie somnolence sur le sol fangeux du parc national, son caractère sauvage et son décorum volage : ici des pâturages, paradis des marmottes dodues et plantureuses, là des parties semi désertiques, là des forêts et végétations foisonnantes, où les aigles sont presque à portée de main.

Un ruisseau fait office de ravitaillement impromptu – l’occasion, aussi, de tester le filtre à eau en condition réelle-, prélude à une rencontre avec un retraité angevin avec lequel nous devisons jusqu’au refuge de la Holle.

Intermède chaleureux. « Le wifi est inaccessible. On peut se parler entre êtres humains » indique un écriteau. Comme en ville, le Schweppes agrumes est pourtant à trois euros pièce. Cher le rappel ? Certes, mais rassérénant pour la fin d’étape, ponctuée par une attaque de vache en bonne et due forme, qui croyait que l’on défiait son veau, et une montée sèche au milieu des grands et abondants pâturages pour rallier, après 10 heures dans le coeur des Pyrénées,  le gîte de Saugué.

A propos de vaches…Sylvain Tesson, dans son ouvrage Un été avec Homère : « Le soleil, « dieu d’En Haut », selon Homère, ne pardonnera pas que les humains « tuent insolemment ses vaches qui faisaient sa joie » (c’est-à-dire, en d’autres termes, abusent avidement des ressources de la Terre, en exploitent les trésors sans considération pour leur rareté )». A méditer lors des quelques heures de sommeil qui nous attendent…

Récit de l’étape 1 : L’inconnue et l’excitation en bandoulière.

Récit de l’étape 3 : Couchés, les britishs!.

Récit de l’étape 4 : Rouler, c’est tricher.

Récit de l’étape 5: Plongée dans les abîmes.

Portfolio : le GR10, le temps suspendu. 

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