GR10, étape 1 : L’inconnu et l’excitation en bandoulière
GR10, étape 1 : L’inconnu et l’excitation en bandoulière
Votre carte, ce sont vos yeux !

Avec le frangin, nous avons début septembre parcouru le GR10 sur 115 kilomètres, entre Cauterets et Saint-Lary-Soulan. Quatre jours et demi hors du temps.

Le silence de la montagne. Le bruit des ruisseaux. Le tumulte des cascades. La concentration extrême lors de l’ascension du Petit Vignemale. La beauté d’un lever du soleil au col de l’Estoudou. La majesté des paysages. La puissance de la nature sur l’être humain. Le corps qui grince. Le corps qui hurle. Le corps qui s’adapte. Le partage le soir au refuge.

Récit de l’étape 1, dimanche 9 septembre, entre Cauterets et le refuge des Oulettes. 4h28’50’’ (pauses comprises), 17 km environ.

Lendemain de marathon. Les cannes dans la boîte à gants, à peine le temps de digérer la course (et l’après) que nous voilà en route pour Cauterets. La voiture à Bordeaux, le bus depuis Lourdes pour rallier la station thermale. Comme des gamins, l’exquise excitation point à mesure que les cimes des montagnes se découpent à l’horizon, un horizon de plus en plus à portée de main.

Cauterets est assoupie en ce début de dimanche après-midi. A rebours, telles les eaux qui jaillissent des tréfonds pour former les eaux thermales, nous bouillonnons.

Sensation de vertige que de s’attaquer à plus de 100 bornes de rando en quatre jours et demi, sur un tel dénivelé. Une ivresse teintée d’une sourde appréhension, comme celle qui parcourt l’échine à quelques encablures du départ d’une course importante.

Cascade de Boussée

Départ en trombe, d’emblée. Toujours cet impérieux besoin de se rassurer ! Le premier tronçon entre Cauterets et La Raillère, prévu en 1h20 sur le topoguide, est avalé en 55 minutes. Le poids de l’inconnu, qui alourdissait un sac à dos déjà bien chargé, se dissipe un peu…

Les narines humectent les volutes souffreteuses de La Raillère, établissement thermal. Passée la jolie cascade à Lutour, le GR s’engouffre dans la forêt de Péguère, en direction du pont d’Espagne, bordée par le gave du Lutour.

Cette forêt a été réalisée au 19e siècle par le sylviculteur Demontzay. Objectif ? Comme celles de Luz et Barèges, elle visait à protéger les villages et vallées contre la dévastation des torrents, des chutes de pierre et des avalanches, mais aussi à conserver la qualité des terrains en montagne.

Le torrent dévale, merci pour lui. Les cascades aussi, qui se déploient en lisière de la forêt. Noms vernaculaires. Boussée, Pas de l’Ours, Serinet. Dans un vacarme assourdissant et continu, des embruns s’y élèvent et s’élancent dans les feuillages, dardés par les rayons du soleil.

Une histoire de cape et d’été

Un soleil qui s’éclipse à mesure que l’on gagne le pont d’Espagne. Où le ciel finit par crachoter quelques gouttes.

Lac de Gaube. La rétine conservait en mémoire un lac ennoblit par le soleil. Se superpose désormais celle d’une étendue turquoise resplendissante sous l’effet des nuages qui s’amoncellent, pétris de pluie. Personne alentour. Un sentiment de solitude nous enveloppe en longeant le lac, vers les Oulettes, balayés que nous sommes par une lourde pluie.

Lac de Gaube

Les capes sont de mise. Notre histoire de cape et d’été est bel et bien lancée…

La pensée s’enfuit. Marcher, pas à pas, au contact des éléments : fouettés par la pluie qui claque, le froid qui enserre les jambes nues, les pieds, gorgés d’eau, qui s’engourdissent, au milieu des pâturages paradis des chèvres et des roches abruptes, nous gagnons le refuge des Oulettes.

La nuit tombe, progressivement. Soudain le ciel se drape d’un voile compact. Les cieux prennent possession des environs. L’épais brouillard s’évapore, quelques instants plus tard, aussi vite qu’il s’était manifesté.

A l’horizon, au Nord en direction du lac de Gaube, les reflets orangés du soleil couchant se meuvent dans ce décor proche de la féérie.

La nuit gagne les Oulettes

La montagne s’endort, au son du ruisseau qui dévale tel un flot ininterrompu, à flanc de montagne. C’est ce sifflement, ce mugissement plutôt, aux abords des cascades, qui a accompagné toute notre première après-midi de crapahutage.

On y a croisé moult marcheurs, plus ou moins avertis. On y a décelé, semble t-il, quelques traits de personnalité. Des bonjours francs et chaleureux qui disaient la bonhomie ; qui soufflaient la possibilité, voire le regret, parfois, d’avoir seulement devisé cinq petites minutes.

Certains, plus discrets, étaient susurrés presque par obligation. Au refuge, en revanche, coupé des réseaux, la salle à manger grouille et les parcours se dévident autour d’une grande tablée. On peut se parler entre êtres humains, comme la deuxième étape va nous le rappeler.

Récit de l’étape 2 : On peut se parler entre êtres humains.

Récit de l’étape 3 : Couchés, les britishs!.

Récit de l’étape 4 : Rouler, c’est tricher.

Récit de l’étape 5: Plongée dans les abîmes.

Portfolio : le GR10, le temps suspendu. 

 

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